Ingénierie des systèmes d'information

Merise deuxième génération
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Préface

Remerciements

Comme reviennent à nos esprits à chacun les moments forts que nous avons passés ensemble, voilà près d'une vingtaine d'années et sous leur stimulante animation, nous remercions encore Jean-Louis Le Moigne et Hubert Tardieu qui ont bien voulu préfacer cet ouvrage.

Nous remercions aussi tous les contributeurs à la méthode Merise, souvent anonymes, qui ont fait que cette méthode s'enrichisse et évolue au fil du temps et de la complexification constante de l'ingénierie des systèmes d'information.

Enfin, la gestation, la naissance et l'actualisation d'un tel ouvrage ne se font pas sans quelques petits sacrifices et nous n'oublions pas la confiance et le soutien de nos institutions respectives, ainsi que la patience compréhensive de nos entourages familiaux.

Avant-propos à la 4°édition

Cet ouvrage a été publié dans sa première édition en 1992 chez Sybex. Une deuxième édition (1994) en a permis une révision mineure. La troisième édition, profondément remaniée et augmentée a permis une réactualisation majeure de l'ouvrage.

De nombreux témoignages d'enseignants, mais aussi de professionnels concepteurs de systèmes d'information, nous ont convaincus que ce livre avait toujours sa place dans la communauté francophone et a conduit à cette quatrième édition publiée chez Vuibert.

Nous espérons que tous les « merisiens » d'hier, d'aujourd'hui et de demain trouveront dans cette nouvelle édition un témoignage de la réelle volonté d'ouverture et de la vivacité des réflexions et contributions qui permettent à la méthode Merise d'être toujours d'actualité dans le domaine de l'ingénierie des systèmes d'information.

À ce jour, cette quatrième édition est le livre le plus complet et le plus actualisé sur la méthode Merise. Cette méthode de conception de système d'information est largement diffusée en France, où elle fait office de standard, mais aussi dans une bonne partie de l'Europe où elle est adoptée. Près de vingt ans de pratique dans des projets opérationnels en conception de systèmes d'information et autant d'années en formation dans ce domaine ont permis d'affiner cet ouvrage écrit par des hommes de terrain et des enseignants chercheurs reconnus. La méthode MERISE y est présentée de façon originale et pertinente selon ses trois grandes composantes principales : les modèles et raisonnements, la démarche préconisée et enfin l'organisation des moyens associés. La méthode ainsi que ses plus récentes évolutions y sont traitées de façon claire, précise, rigoureuse, mais aussi pratique.

Cette édition se caractérise par une actualisation des différentes composantes de la méthode MERISE et de nouveaux développements relatifs à l'objet métier (problématique de la réutilisation), au BPR (Business Process Reengineering) et a un positionnement par rapport à UML (Unified Modeling Language).

Ce livre s'adresse aussi bien à des professionnels, concepteurs de systèmes d'information, qu'à des étudiants de deuxième et troisième cycles universitaires, écoles d'ingénieur ou de commerce, désirant mieux maîtriser cette méthode. Il est depuis plusieurs années le support de séminaires de formation intraentreprise et de nombreux programmes universitaires, les écoles d'ingénieurs, et formations spécialisées en systèmes d'information.

Les auteurs

Dominique Nanci est directeur technique de CECIMA, il a en charge l'activité Ingénierie des systèmes d'information.

Bernard Espinasse est professeur d'informatique à Aix-Marseille Université, à l'École Polytechnique Universitaire de Marseille, et chercheur au laboratoire LSIS UMR CNRS, où il a dirigé pendant plus de quinze ans une équipe de recherche et dirigé une quinzaine de thèses.

Bernard Cohen est directeur général fondateur de CECIMA, il a en charge l'activité Génie logiciel.

Jean-Claude Asselborn est professeur d'informatique au centre universitaire à Luxembourg et chef de projet dans la recherche publique.

Henri Heckenroth mène une activité de consultant auprès de grands comptes dans le domaine des systèmes d'information, de la qualité du logiciel, de l'organisation et du management de programme.

Hommage

Dominique Nanci nous a quittés en 2012, nous lui dédions ce livre, à lui sans qui toute cette aventure n'aurait eu lieu.

Jean-Claude Asselborn est décédé en 2011, nous garderons de lui et de notre collaboration un souvenir ému.

Préface à la 1° édition (1992)

Méthode ? L'étymologie du mot est incertaine, mais elle tient pour plausible l'association de deux racines, celle qui dit le raisonnement rusé ou les ruses de l'intelligence, « la Métis »(1), et celle qui dit le chemin, la voie à suivre, « Hodos ». La méthode ou les chemins de la ruse ? Cette définition vous conviendra si vous « cherchez une méthode »… Quel qu'en soit le projet : « Chercher une méthode, disait P. Valéry (dans « Variétés »), c'est chercher un système d'opérations extériorisables qui fasse mieux que l'esprit le travail de l'esprit ». Mais vous la contesterez peut-être, si vous tentez de vendre ou d'enseigner une méthode que vous avez trouvée antérieurement ? Les ruses du concepteur de méthodes peuvent-elles être autorisées à l'utilisateur de ses méthodes ? C'est l'unicité et la cohérence visible du cheminement qui alors semblent importer, et non plus la multiplicité des stratégies et des tactiques rusées susceptibles d'être mises en œuvre. Dès que possible, ne faudra-t-il pas transformer la Méthode en une Logique, les raisonnements dialectiques et rhétoriques en raisonnements syllogistiques, voire en sophismes ? On disposera alors d'un énoncé unique, normé et enseignable, incontestable puisque déductivement rationnel, indifférent à la diversité des esprits qui s'y réfèrent ?

Tension familière aux concepteurs de méthodes, quel que soit le projet qui les motive : « Le système de conception d'une méthode » (« chercher une méthode ») doit-il être « la méthode de conception d'un système » (mettre en œuvre une méthode) ? Et la méthode que trouvera P. Valéry au terme de sa recherche ne séduit guère le concepteur puisqu'elle s'exprime en deux lignes seulement « et je développais une méthode sans lacune. Où ? Pour quoi ? Pour qui ? À quelle fin ? De quelle grandeur ? » (« Eupalinos ou l'architecte »). Car si cette méthode est sans lacune, elle incite pourtant plus au questionnement rusé qu'à la nécessaire déduction ; et elle ne permet guère à l'expert d'affirmer son autorité par sa maîtrise des procédures enchevêtrées qu'il a conçues et que lui seul sait démêler !

Mais pour les entreprises contemporaines, la qualité formelle de la méthode importe moins que les qualités « médiatiques » des acteurs qui sont censés la mettre en œuvre : c'est par ces qualités cachées que s'expriment les ruses de la méthode lorsque la Méthode, devenant « Logique », ne prétend plus être rusée. C'est par leurs qualités médiatiques plus que par leurs vertus ratiocinatrices que les méthodes MERISE rendent ou peuvent rendre aujourd'hui service aux organisations qui s'efforcent de maîtriser leur propre processus autoinformationnel, avec ou sans l'aide des nouvelles technologies de l'information.

Ces qualités médiatiques se révèlent par l'expérience des médiateurs, par leur sens de l'organisation et leur compréhension de la symbolisation par laquelle l'entreprise se décrit. « Un système intelligent peut et doit observer son propre comportement » argumentait Jacques Pitrat il y a peu(2). C'est cette capacité à observer (et donc à symboliser) délibérément son comportement qui permet à l'entreprise de se piloter dans des contextes en permanentes transformations. Il importe dès lors que des « médiateurs » l'assistent dans cet exercice complexe d'autoreprésentation. La qualité de leur médiation révèle leur capacité à ruser plus que la puissance intrinsèque de la méthode à laquelle ils se réfèrent. Mais sans l'exposé loyal et vivant de cette méthode, pourraient-ils apprendre à ruser et aider ainsi l'entreprise à « apprendre à s'observer dans ses activités et ses projets ». Apprentissage que longtemps interdirent les triomphantes « méthodes d'analyse des applications », mais que peu à peu rendent possible puis praticable les méthodes systémiques de conception. Dans leur exposition, la plupart des méthodes de la famille MERISE (et des familles apparentées, anglo-saxonnes ou européennes(3)), semblent souvent imprégnées encore par la culture analytique dont l'informatique et l'organisation dite scientifique ont longtemps fait leur Principe. Il est toujours difficile de se réaccoutumer « à la méthode de Léonard de Vinci » (P. Valéry, 1884), lorsqu'on a été élevé dans le culte de la méthode cartésienne (1637). C'est pourquoi, plus que par l'exposé sur la méthode, c'est par la pratique médiatisante de la méthode que les responsables évaluent aujourd'hui la capacité de leur organisation à s'autoobserver… ; et donc à concevoir intelligemment son système d'information. Cette pratique ici est certifiée par les quinze années d'expérience, dans tant de situations différentes, des auteurs de cet ouvrage qui vient compléter une production déjà riche d'une vingtaine de titres sur la méthode Merise.

Le « noyau » de MERISE ne fut-il pas établi entre 1974 et 1978 par une équipe d'ingénieurs et de chercheurs aixois(4) : on vérifiera la pérennité de ce noyau en relisant le livre que publièrent en 1979, H. Tardieu, et D. Nanci et D. Pascot, que préfaçait Jean-Louis Le Moigne : « La conception du système d'information, construction de la base de données » (Ed. d'Organisation, Paris, 1979). Plus tard, avec le concours du ministère de l'Industrie qui souhaitait disposer d'une méthode standard pour organiser les rapports contractuels entre l'administration et ses sous-traitants, fut développée MERISE à partir du « noyau » aixois. L'arrêt brutal et inopiné des financements publics à la fin des années 70 obligea les sociétés de service qui avaient contribué à la création de MERISE à reprendre le flambeau ; ce fut aussi l'initiative privée des trois auteurs originaux de MERISE (Hubert Tardieu, Arnold Rochfeld et René Colletti) qui permit en 1983 la publication du livre vert, livre de référence sur MERISE, depuis près de dix ans et déjà diffusé à près de 30 000 exemplaires. Vers la même époque, Bernard Cohen créait CECIMA, société de conseil qui allait bientôt se spécialiser dans MERISE avec le renfort de Dominique Nanci et d'Henri Heckenroth, qui bientôt plus de quinze ans enseignent, pratiquent et diffusent cette méthode.

Ainsi se forgea une riche expérience dont ce traité d'ingénierie ne révèle bien sûr que la face « écrite ». Nous faisons le vœu que ses lecteurs s'efforcent de le travailler comme il fut écrit et vécu, avec l'intelligence de la « médiation » par laquelle une organisation sociale apprend à s'observer dans sa quête passionnée des quelques projets qui l'inspirent. « Le chemin se construit en marchant » : cette belle phrase de Machado qu'aime rappeler E. Morin pour introduire « La Méthode », définit aussi « l'ingénierie des systèmes d'information avec Merise ».

La Méthode n'est pas donnée, elle se construit en marchant. En accompagnant les auteurs de ce manuel qui ont prouvé, en marchant, qu'ils savaient « construire le chemin », le lecteur apprend non pas la méthode, mais l'intelligence rusée par laquelle se construit le chemin. Ainsi ces sentiers de grande randonnée que des marcheurs expérimentés ont soigneusement balisés : le promeneur peut à tout moment adapter sans réserve sa propre progression au gré de sa forme et de ses humeurs. Il sait qu'il existe un solide système de repérage qui l'assurera de la légitimité de ses éventuelles escapades hors de l'itinéraire balisé. Ce livre sera, pour bien des ingénieurs en systèmes d'information encore inexperts, l'équivalent de la carte du randonneur qui révèle les balises jalonnant sa marche ; il n'est pas le premier ni le dernier, mais il est sûrement celui qui bénéficie le plus du retour d'expérience, car écrit plus de dix ans après la conception de Merise.

Il présente aussi un autre avantage pédagogique. À l'heure où les méthodes de conception - et les méthodes MERISE en particulier - connaissent une phase normale de régénération, un premier changement de génération dans la lignée d'un même génotype, il était utile de « recaler » soigneusement la base de départ, tant dans les prémisses théoriques et conceptuelles que dans les définitions validées pragmatiquement de ses procédures. Dans la prolifération des méthodes se référant à MERISE, le débutant peut légitimement s'inquiéter. Ce manuel très soigneusement travaillé par une équipe riche de quinze ans d'expérience constitue sans doute à ce jour le dossier publié le plus soigneusement étalonné dont nous disposons. À partir de ce repère bien défini, les progressions vers les deuxièmes générations qui ont vu le jour depuis peu pourront être repérées par rapport à une base de départ heureusement « revisitée ».

Qu'on nous permette enfin de souligner le caractère exemplaire de la « production » de ce livre : à l'heure où chacun se plaint des difficultés de la coopération Université-Entreprise, voilà une démonstration de sa faisabilité, et nous semble-t-il, de son efficacité. Depuis la rencontre des deux préfaciers (en 1974), puis, dans leur proche environnement, des auteurs de ce livre, nous plaidons pour la nécessité, l'intérêt, l'enrichissement… et la praticabilité de cette coopération. Cet ouvrage sur « L'ingénierie des systèmes d'information » écrit par des consultants confirmés, Bernard Cohen et Dominique Nanci de CECIMA, Henri Heckenroth, et par des universitaires, Bernard Espinasse, Professeur à l'Université Aix-Marseille et Jean-Claude Asselborn, Professeur au Centre Universitaire de Luxembourg, ne témoigne-t-il pas par là de la richesse de cette coopération qui s'étend aujourd'hui au niveau européen… Puissent-ils être encouragés dans cette voie, et bien d'autres avec eux, par l'audience que connaîtra leur manuel. Les organisations sociales contemporaines n'ont-elles pas besoin de tels témoignages ?

Jean-Louis Le Moigne et Hubert Tardieu (1992)

Introduction

La méthode Merise, méthode de conception et de développement de systèmes d'information informatisés, a maintenant plus de vingt ans. La diffusion de cette méthode est un succès, tant en France où elle fait office de standard que dans une bonne partie de l'Europe, où elle est adoptée, parfois avec quelques aménagements mineurs. Indiscutablement, la méthode Merise constitue une étape importante en ingénierie des systèmes d'information.

À l'heure où l'information n'est plus seulement considérée comme une ressource opérationnelle, mais aussi comme une ressource stratégique pour l'entreprise, son système d'information devient un facteur de différenciation par rapport à ses concurrents. C'est par sa culture et son système d'information performant que l'entreprise pourra s'adapter à son environnement concurrentiel. C'est dire toute l'importance des méthodes de conception et de développement de systèmes d'information mises en œuvre dans l'entreprise.

De l'ingénierie des systèmes d'information

Concevoir un système d'information, réaliser les applications informatiques supportant ce système d'information, constituent un ensemble, une suite de tâches complexes. À l'instar d'un produit industriel, un système d'information et son logiciel associé s'inscrivent dans la durée. D'une approche artisanale s'appuyant essentiellement sur un savoir-faire individuel, l'informatique a progressivement été confrontée aux contraintes d'industrialisation afin d'assurer la qualité et la pérennité de ses productions logicielles.

Pour assurer ce développement de systèmes d'information, différents « métiers » (utilisateurs, experts, organisateurs, informaticiens…) interviennent ensemble dans un processus de production, constitué de différentes activités exercées dans un environnement organisationnel et technique. Coordonner, ordonnancer ces différentes activités dans un souci de professionnalisme (c'est- à-dire être capable de maîtriser et reproduire le processus de production) relève de l'ingénierie informatique.

Aujourd'hui, sous le terme d'ingénierie informatique, on réunit en général l'ingénierie de systèmes d'information et le génie logiciel (figure 0.1).

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Figure 0.1 : Les deux composantes de l'ingénierie informatique

Le terme Génie Logiciel (Software Engineering) est né en Europe à la fin des années 60 (en 1968 à Garmisch - Partenkirchen) sous le patronage de l'OTAN. Le génie logiciel regroupe l'ensemble des méthodes, techniques et outils de développement de logiciel. Le génie logiciel est d'abord une discipline centrée sur la maîtrise de la technique informatique, et concerne essentiellement un public d'informaticiens.

Le terme d'Ingénierie de Systèmes d'Information (Requirement Engineering ou User Engineering) est bien plus récent, il n'est apparu qu'au début de la décennie 90. L'ingénierie de systèmes d'information vise à transformer les besoins et attentes des utilisateurs en spécifications formalisées d'une future application informatique. Transdisciplinaire par nécessité (métier destinataire, organisation, informatique), l'ingénierie de systèmes d'information s'est progressivement constituée un ensemble de méthodes et techniques qui en font aujourd'hui une discipline spécifique.

L'ensemble des activités de l'ingénierie informatique peut être présenté selon le schéma illustré dans la figure 0.2.

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Figure 0.2 : Panorama général des activités de l'ingénierie informatique

Autour de chacune de ces activités, des savoir-faire se sont progressivement élaborés jusqu'à constituer des méthodes et des techniques, supports de l'ingénierie informatique. Ces méthodes et techniques sont d'une part issues des efforts de recherche et d'innovation développés au sein de la communauté universitaire et professionnelle, d'autre part le fruit de l'expérience acquise sur le terrain. La contribution de la méthode Merise se situe principalement en support à une activité de conception.

De la notion de méthode

L'élaboration et l'usage de méthodes pour la réalisation d'objets artificiels (conçus et réalisés par l'homme) se retrouvent dans de nombreux domaines tels que le génie civil, le génie chimique, le génie mécanique, la gestion et l'informatique. Dans la mise en œuvre de techniques, face aux tâtonnements d'une démarche intuitive, tirant les enseignements des succès et échecs antérieurs, les concepteurs ont progressivement synthétisé leurs expériences. Sous certaines conditions, ce savoir-faire devient une méthode.

Mais qu'est-ce qu'une méthode ? Plusieurs définitions peuvent en être données comme l'indique le Petit Robert. Une méthode peut être « une marche, un ensemble de démarches que suit l'esprit pour découvrir et démontrer la vérité (dans les sciences) », ce peut être aussi « un ordre suivi pour exécuter quelque ouvrage de l'esprit et l'arrangement qui en résulte ». C'est encore « un ensemble de démarches raisonnées, suivies pour parvenir à un but ». On peut définir une méthode comme « un ensemble des règles, des principes normatifs sur lesquels reposent l'enseignement, la pratique d'un art ». Enfin, ce peut être « le livre, l'ouvrage exposant de façon graduelle ces règles, ces principes ».

La nature spécifique du système d'information, à la fois objet « naturel » et objet « artificiel » comme nous le verrons plus loin, nous conduit à définir une méthode pour leur conception comme avant tout un schéma de réflexion fournissant au concepteur un guide continu indiquant la manière d'aborder les problèmes. C'est ce que nous appelons les principes généraux de la méthode.

La façon de mettre en œuvre ces principes généraux au cours du processus de conception se concrétise par une démarche, proposant une succession progressive d'étapes. Cette démarche est fréquemment appuyée sur des raisonnements qui permettent de mettre en œuvre plus aisément la démarche. Ces raisonnements sont soit l'émanation directe des principes généraux et constituent ainsi l'originalité de la démarche, soit plus généraux et adaptés aux principes de la méthode.

Pour conduire ces raisonnements, et pour assurer la communication entre les intervenants dans le processus de conception, la méthode doit proposer des modèles : « Nous ne raisonnons que sur des modèles » (P.Valery) et « Nous ne communiquons que par des modèles » (G.Bateson). Les modèles seront exprimés et validés en utilisant des formalismes, langages permettant de désigner et décrire tous les concepts nécessaires à la spécification des systèmes étudiés. Nous retrouverons dans la méthode Merise l'apport fondamental de la Science des Systèmes dont l'objet est « l'élaboration et la mise en œuvre des méthodes de modélisation des phénomènes perçus ou conçus complexes » (J-L. Le Moigne).

Une méthode peut proposer des normes, ou standards, de présentation des différents résultats de la conception, facilitant la communication et le contrôle du respect de la démarche. Il nous semble fondamental de ne pas confondre méthode et normes. Chaque entreprise pratiquant une méthode donnée peut définir ses propres normes, adaptées à son contexte d'utilisation, tout en respectant l'intégralité de la méthode. Inversement, trop d'équipes de concepteurs ont encore tendance à avoir l'impression de s'être dotées d'une méthode parce qu'ils se mettent à utiliser certains formulaires ou à dessiner des « modèles » en référence à quelques normes, tout en continuant par ailleurs à faire comme avant, c'est-à-dire sans avoir adopté des raisonnements et une démarche méthodologiques.

La mise en application d'une méthode nécessite la mobilisation de moyens, principalement une structure de groupe avec les définitions des fonctions de chacun. Comme dans de nombreux domaines d'ingénierie, les processus de conception peuvent être assistés par ordinateur ; aussi les concepteurs pourront être assistés éventuellement d'outils logiciels adaptés, facilitant la conception et la documentation. En ingénierie des systèmes d'information, de nombreux Ateliers de Génie Logiciels (AGL) sont actuellement proposés. Il importe de ne pas confondre raisonnements, normes d'une méthode et AGL. Un AGL est un ensemble d'outils logiciels permettant de garantir l'usage de certaines normes, de remplir des fonctions correspondant à l'automatisation de certaines tâches (C.A.O., aide au dessin, dictionnaire, générateurs de programmes…). Ces outils logiciels peuvent être spécifiques à une méthode, communs à un ensemble de méthodes ou d'un usage totalement indépendant de la méthode pratiquée.

Ainsi une méthode est, à notre sens :

  • une démarche ;
  • reflétant des principes généraux définis ;
  • proposant des raisonnements spécifiques et généraux pour manipuler des concepts aptes à donner une représentation fidèle des systèmes étudiés ;
  • permettant une utilisation efficace grâce à une structure d'équipe, une répartition des rôles et des outils logiciels adaptés.

De la méthode Merise

Merise est une méthode française de conception de systèmes d'information. Élaborée à partir de 1978 sous l'égide du Ministère de l'Industrie, sur la base de travaux de recherche et avec la collaboration de grandes sociétés de service françaises, son utilisation s'est progressivement étendue dans les services informatiques des entreprises et des administrations où elle est largement recommandée.

Aujourd'hui encore, la méthode Merise est la méthode de conception de systèmes d'information la plus largement pratiquée en France. Au début des années 90, des enquêtes ont révélé que 50 % des services informatiques déclarent utiliser une méthode de conception, et que parmi eux, 75 % ont choisi la méthode MERISE. Cette réussite se concrétise par la présence sur le marché d'outils de conception dédiés à la méthode MERISE.

Depuis son introduction, la méthode Merise s'est confrontée aux réalités de la mise en œuvre dans une grande variété d'organismes. En une vingtaine d'années, elle a connu des développements et des enrichissements profitables. Elle a pris en compte les évolutions de l'informatique et continue de s'adapter aux nouvelles technologies : architectures client-serveur, interfaces graphiques, démarche de développement rapide, approche objet, applications ouvertes intra/Internet.

Il n'y a pas de méthode unique, car il n'y a pas de réponse unique à des contextes variés. Les méthodes n'ont certes pas inventé ou découvert ce qui constitue les activités de conception et de développement des projets informatiques ni la succession des étapes à franchir. Mais tous les « méthodologues » s'accordent sur l'importance de définir précisément, dans une méthode, ces activités et ces étapes ainsi que sur l'importance de l'unicité de méthode pour un organisme.

Il n'y a pas de méthode éternelle, car une méthode correspond à un savoir-faire dépendant d'un environnement culturel et technique. Aujourd'hui, la méthode Merise, avec ses évolutions progressives, correspond encore globalement aux savoir-faire actuels en ingénierie de systèmes d'information de gestion.

Sur cet ouvrage

Depuis 1983, date à laquelle a été publié le premier livre intitulé « La méthode Merise : principes et outils » de H.Tardieu, A.Rochfeld R.Colletti [Tardieu Rochfeld Colletti 83], de nombreux ouvrages traitant de cette méthode ont vu le jour. Certains de ces ouvrages n'offrent qu'une présentation simplifiée de la méthode, se limitant la plupart du temps à un exposé des modèles proposés par la méthode et occultant la démarche et les moyens, ainsi que les fondements mêmes de la méthode.

D'autres ouvrages ou articles, au contraire, enrichissent avec profit Merise, soit ses fondements théoriques, c'est le cas par exemple de l'ouvrage de Y. Tabourier [Tabourier 86], soit sa démarche avec ceux de A. Rochfeld et J. Moréjon [Rochfeld, Moréjon 89] et de G. Panet, R. Letouche, C. Peugeot [Panet &al. 91], soit ses formalismes et ses modèles de données avec l'ouvrage de J.P. Matheron [Matheron 91], soit enfin abordent son évolution vers l'objet, citons notamment les ouvrages de J. Moréjon [Morejon 94], sur Merise 2 de G. Panet et R. Letouche [Panet et Letouche 94] et enfin le récent ouvrage de M. Bouzeghoub et A. Rochfeld, [Bouzeghoub et Rochfeld 00].

Plus de vingt années de pratique dans des projets opérationnels en conception de systèmes d'information et autant d'années en formation en ce domaine ont permis d'affiner cet ouvrage. Il présente de façon originale et pertinente la méthode Merise selon trois grandes composantes principales : tout d'abord les modèles et raisonnements proposés par la méthode, ensuite la démarche préconisée et enfin l'organisation des moyens associés. Toutes ces années d'expérience confirment que la maîtrise de ces trois composantes s'avère indispensable à l'efficacité de la mise en œuvre de la méthode Merise.

L'ouvrage s'articule autour de quatre grandes parties :

  • La partie I présente les principes généraux et les fondements théoriques de la méthode Merise. Nous précisons aussi à quels types de systèmes d'information la méthode Merise nous semble adaptée.
  • La partie II traite des raisonnements mis en œuvre par le concepteur pour l'élaboration des modèles pour la compréhension et la conception du système d'information organisationnel (SIO).
  • La partie III traite des raisonnements mis en œuvre par le concepteur pour l'élaboration des modèles pour la compréhension et la conception du système d'information informatisé (SII).
  • La partie IV expose les différentes mises en œuvre possibles de la méthode. Tout d'abord sont présentées en détail deux démarches, l'une dite « classique » et l'autre « rapide », qui peuvent être adoptées. Ensuite est abordée l'organisation des intervenants impliqués dans cette mise en œuvre, ainsi que les outils logiciels qui peuvent être utilisés en support. Enfin, l'usage de Merise pour la réingénierie d'organisation ou Business Process Reengineering (BPR) est abordé.

L'ouvrage se termine par une conclusion générale présentant un bilan et un positionnement de la méthode Merise, notamment par rapport à l'approche Objet et UML, les objets métiers et la réutilisation.

Dans cet ouvrage, écrit par des hommes de terrain et de recherche, nous avons voulu réunir l'expérience de nombreuses années de mise en œuvre opérationnelle et les résultats des réflexions et recherches continuelles et récentes suscitées par la pratique. Nous avons essayé de présenter la méthode Merise de façon précise et complète, mais également claire et pratique. Nous avons voulu proposer une référence réactualisée pour la deuxième décennie de cette méthode, face à la poussée d'autres méthodes dont l'efficacité et la facilité de mise en œuvre en ingénierie de systèmes d'information ne sont pas encore démontrées sur le terrain.

Enfin, cet ouvrage s'adresse aussi bien à des professionnels, concepteurs de systèmes d'information, qu'à des étudiants des cycles universitaires de filières professionnelles spécialisées des Universités, ainsi qu'aux étudiants des Grandes Écoles d'Ingénieur ou de Commerce désirant mieux maîtriser cette méthode de conception de systèmes d'information.


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M. Detienne et J.P. Vernant : « Les ruses de l'intelligence, la Métis des Grecs ». Ed. Flammarion, Coll. Champ, 1974.
Titre de sa contribution à COGNITIVA 90 (Actes AFCET-Cognitiva, Madrid, Paris, 1990, pp. 337-346, vol.1).
T.W. Olle et al. Eds. : « Information Systems Design : Methodologies A Comparative Review » (1983) et ISDH, A « Feature Analysis » (1983). North Holland Pub. Cy.
L'équipe d'Aix comprenait alors, sous la responsabilité conjointe de J.L. LE MOIGNE et de H.TARDIEU : D.NANCI, H.HECKENROTH, auxquels s'étaient joints D.PASCOT puis B.ESPINASSE.

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