Ingénierie des systèmes d'information

Merise deuxième génération
Image non disponible


précédentsommairesuivant

I. Partie 1 - Principes généraux et fondements théoriques de la méthode Merise

I-A. Chapitre 1 Origines et évolution de la méthode MERISE

Les techniques et leurs conditions de mise en œuvre évoluant, les méthodes de mise en œuvre de ces techniques à leur tour évoluent. Ainsi, la méthode Merise a trouvé ses origines dans l'évolution d'une part de l'informatisation des entreprises et d'autre part de celle des méthodes dites d'analyse en informatique de gestion. Depuis sa naissance, en 1978, la méthode Merise a également connu des évolutions.

I-A-1. Origines de la méthode Merise

Jusqu'aux années 70, l'informatisation des entreprises s'est attachée à l'automatisation des processus administratifs (facturation, paye, suivi des stocks…) avec une technologie encore coûteuse. Ce type d'informatisation privilégiait les traitements par rapport au partage des informations. Les méthodes de mise en œuvre de cette génération étaient destinées à concevoir des « chaînes de traitements » avec l'approche suivante : à partir des résultats à produire, définir les traitements à effectuer, puis en déduire les données nécessaires pour alimenter les traitements. La structure des données mémorisées sur les fichiers était contingente aux traitements à réaliser ; d'où une multiplication des fichiers (temporaires ou permanents) générant une redondance importante des informations mémorisées. Nous retiendrons de ces premières méthodes les deux plus marquantes, MINOS et CORIG, dont des propositions ont été reprises dans Merise.

Début des années 70, c'est l'apparition des systèmes transactionnels, de la multiprogrammation, des écrans claviers, des disques de grande capacité à coût abordable, mais aussi la concurrence stimulante de la miniinformatique et le développement des premiers systèmes de gestion de bases de données. Tous ces éléments ont conduit les informaticiens à reconcevoir des applications intégrées en essayant de tirer parti au mieux de cette évolution. C'est l'époque des « transpositions » ou « reconversions » de systèmes importants.

Le contexte de crise économique de cette décennie a rendu indispensable le développement des méthodes de management qui désormais introduisent fortement l'usage de l'informatique à travers des tableaux de bord, interrogations aléatoires, statistiques. Cette période est celle de la prise de conscience de la difficulté de concevoir des systèmes qui intègrent l'ensemble de l'activité de l'entreprise, en conservant une facilité d'évolution. Il s'agit en particulier :

  • du manque de cohérence globale entre les informations des différentes applications ;
  • de la lourdeur de la mise en œuvre informatique (de la conception à la réalisation).

La fin des années 70 se caractérise, au niveau de la technologie, par plus de puissance et de capacité à des coûts réduits, le développement des réseaux locaux et nationaux, l'éclosion du phénomène micro, la généralisation des systèmes de gestion de bases de données. C'est aussi l'apparition de langages permettant à l'utilisateur d'accéder plus facilement aux informations, ainsi que l'amélioration de la productivité de la réalisation avec l'utilisation d'outils (ateliers génie logiciel, langage 4e génération…).

La prise de conscience révélée lors de la période précédente devient une obligation. Il s'agit de reconcevoir l'architecture générale de l'informatique au sein des entreprises en :

  • assurant la cohérence générale des informations ;
  • préservant l'évolutivité des modes de gestion et d'organisation ;
  • permettant l'introduction des nouvelles technologies sans compromettre l'acquis ;
  • associant, dans leurs responsabilités respectives, décideurs, utilisateurs et informaticiens.

C'est dans ce contexte qu'ont émergé :

  • la notion de système d'information ;
  • la nécessité de méthodes complètes de conception et de spécifications permettant l'informatisation des systèmes d'information, prenant le pas sur les méthodes d'analyse.

L'évolution de la technologie informatique et les insuffisances des précédentes méthodes stimulent la recherche de nouvelles voies. Tout d'abord, au niveau des principes fondamentaux, l'approche par les besoins (ou traitements) est condamnée. Deux veines de réflexion contribuent au renouveau :

  • L'approche systémique du système d'information, approche modélisatrice de l'organisation (l'entreprise) et de son système d'information, développée principalement en France par J.L. Le Moigne et J. Mélèse.
  • La modélisation des données, proposant des formalismes et des outils pour décrire les données indépendamment de leurs utilisations dans des traitements. Ces méthodes ont alors comme objectif principal la construction de bases de données.

Des promoteurs de ces deux réflexions se trouvent réunis à Aix-en-Provence, dans une équipe de recherche composée de chercheurs du Centre d'Étude Technique de l'Équipement (CETE) d'Aix-en-Provence (animée par H. Tardieu) et du groupe de recherche GRASCE (URA CNRS) de l'Université d'Aix-Marseille III (animée par J.L. Le Moigne), qui fondent de 1974 à 1978 les bases théoriques et pratiques d'une nouvelle méthode de conception de système d'information [Tardieu, Nanci, Heckenroth 75-78] [Tardieu, Pascot, Nanci, Heckenroth 79] [Tardieu, Nanci, Pascot 79] [Heckenroth, Tardieu, Espinasse 80]. Simultanément, on enregistre, sur le terrain, une accumulation d'expériences en termes de démarche.

En 1977, sous l'égide du ministère de l'Industrie, soucieux de concevoir et définir une méthode d'intérêt national, avec la collaboration des principales sociétés de service françaises et du CETE d'Aix-en-Provence, un groupe de travail se constitue et entreprend une synthèse qui :

  • réactualise les acquis sur la spécification des traitements, issus des méthodes antérieures ;
  • intègre les nouvelles méthodes orientées système d'information et approche par les données ;
  • propose une démarche, fruit de l'expérience, qui garantisse la rigueur de la méthode et sa facilité d'application sur le terrain.
Image non disponible

La méthode Merise naît officiellement [CTI 79], marquant ainsi l'apparition de méthodes complètes qui ambitionnent de répondre efficacement aux problèmes posés par la conception des systèmes d'information adaptés aux fonctionnements des entreprises et technologies informatiques des années 80. Les premiers ouvrages sur la méthode Merise paraissent en 83 et 85 [Tardieu, Rochfeld, Colletti 83][Tardieu et al. 85].

I-A-2. Évolutions de la méthode Merise

Depuis 1980, la méthode Merise s'est confrontée aux réalités d'une mise en œuvre dans une grande variété d'organismes. Elle est largement diffusée en France, souvent pratiquée en Europe du Sud (parfois avec des adaptations mineures) et plus récemment dans certains pays d'Europe du Nord comme la Belgique, la Suisse et depuis peu l'Allemagne par laquelle un projet du programme européen Force a financé sa diffusion dans des landers du nord. Ainsi, on peut dire que Merise constitue un standard de fait en conception de système d'information.

En presque vingt ans, elle a connu des développements et des enrichissements profitables, dont les principaux sont les suivants :

  • extension du formalisme entité-relation, avec notamment l'explicitation de types et sous-types, de contraintes d'intégrité… ;
  • clarification de la modélisation des traitements à l'aide du formalisme issu des réseaux de Pétri, à différents niveaux de préoccupation ;
  • extension des niveaux d'abstraction et de modèles, avec l'émergence du modèle logique de traitements (MLT) et du modèle organisationnel de données (MOD), [Panet, Letouche, Peugeot 91] ainsi que les propositions très intéressantes autour de Merise 2 de G. Panet et R. Letouche [Panet et Letouche 94] ;
  • couplage avec des méthodes de conduite de projet ;
  • développement d'ateliers de génie logiciel (A.G.L.) de conception intégrant de façon plus ou moins complète la Méthode Merise (AMC, MEGA, SILVERRUN, WIN'DESIGN…) ;
  • ouverture vers les autres méthodes de génie logiciel (Merise et Yourdon [Phan 85]…), de génie cognitif (Merise et KADS [Brunet 90]…)… ;
  • adaptation à d'autres types d'activités ; domaine de la productique (Merise et GRAI [DCN, Cecima, Grai-Productique SA, LaboGrai 91]), l'EDI (Merise et l'EDI [Bergman, Cucchi, Espinasse, Lagaert 91]), le BPR (Business Process Reengineering - cf partie VI de l'ouvrage) et d'environnements techniques (bases de données réparties, architectures client-serveur, monétique, cartes à puce…).

Cette évolution de la méthode s'est faite principalement à l'initiative des Sociétés de Service qui l'avaient adoptée. La situation concurrentielle n'a pas toujours permis un développement convergent et collectif de la méthode (discrétion des recherches sérieuses, annonces d'« innovations » et « adaptations » trop souvent dictées par le marketing, dépréciations et dénigrements par absence de compétences, récupérations hâtives et fragmentaires…). Rappelons encore le rôle très important de la société savante concernée, l'AFCET, aujourd'hui disparue et de plusieurs de ses groupes de travail, comme structure de rencontre, de réflexion et de diffusion des travaux de recherche élaborés par les différents promoteurs de la méthode Merise.

I-A-3. Ouvertures de la méthode Merise

Depuis le début des années 90, l'ingénierie des systèmes d'information a vu apparaître et se développer de nouvelles technologies, de nouveaux savoir-faire. Fidèle à ses principes d'origine (aptitude à la greffe…), la méthode Merise a résolument cherché à s'ouvrir à ces innovations.

De tous horizons, des contributions souvent trop silencieuses ont su analyser de façon critique et au-delà des modes les nouvelles tendances, en extraire les idées réellement innovantes dans le domaine de la conception des systèmes d'information et en enrichir la méthode Merise. Cette ouverture s'est particulièrement manifestée vers :

  • le développement rapide, associé à la diffusion d'outils de productivité, qui a remis en cause la démarche classique adoptée par Merise ;
  • le client-serveur, nouvelle technologie, qui a installé définitivement le micro-ordinateur comme poste de travail ;
  • le Business Process Reengineering (BPR) qui ravive l'intérêt sur les problèmes d'organisation et les systèmes d'information ;
  • l'approche objet qui, à partir des langages de programmation, ambitionne progressivement à couvrir l'ensemble du champ du génie informatique.

Ces diverses ouvertures seront traitées tout au long de cet ouvrage, tant dans les parties II et III sur les raisonnements que dans la partie IV sur la mise en œuvre de la méthode Merise.

I-B. Chapitre 2 Les principes fondamentaux de Merise

Ce chapitre est plus particulièrement destiné au lecteur souhaitant mieux comprendre les bases théoriques et découvrir les principes fondamentaux de la méthode Merise. Ainsi, le lecteur ayant déjà une pratique de la méthode devrait y trouver certaines justifications relatives à sa mise en œuvre opérationnelle. Le lecteur découvrant la méthode Merise et souhaitant une approche plus pragmatique peut directement passer au chapitre 3Chapitre 3 Les trois composantes de Merise, et revenir ultérieurement sur ce chapitre 2Chapitre 2 Les principes fondamentaux de Merise.

I-B-1. Contribution de la science des systèmes

La science des systèmes, appelée aussi systémique, est une discipline scientifique autonome récente, puisqu'elle date de la fin des années 70. La systémique se définit plutôt par son projet que par son objet. Elle prend ses racines principalement dans la théorie des systèmes, la théorie de la commande, la théorie du contrôle, la cybernétique. La systémique a pour projet « la modélisation des phénomènes perçus ou conçus complexes : modélisation, à fin d'anticipation, d'éventuelles interventions intentionnelles et de leurs conséquences enchevêtrées » [Le Moigne 87]. La science des systèmes a ainsi pour finalité de proposer des modèles pour l'action ou la compréhension d'objets ou de phénomènes complexes, dans des domaines les plus variés (biologie, sciences sociales, gestion…).

Sa contribution aux sciences de l'organisation, au management et plus particulièrement à la définition du concept de système d'information est indéniable, et appellerait de passionnants, mais longs, développements ; nous invitons les lecteurs intéressés à se reporter aux ouvrages [Le Moigne 77 et 90] et [Mélèse 72 et 79].

Notre propos n'est pas de présenter en détail la science des systèmes (voir les ouvrages déjà cités), mais plutôt de développer quelques contributions de cette théorie qui nous semblent les plus pertinentes pour la conception des systèmes d'information et qui constituent, à nos yeux, le creuset de la méthode Merise.

I-B-1-a. Hypothèses du paradigme systémique

Le paradigme systémique repose sur les trois hypothèses fondamentales suivantes :

  • hypothèse téléologique où l'objet à modéliser est supposé doté d'au moins un projet identifiable. Le fonctionnement et l'évolution de cet objet peuvent être interprétés par des projets qui eux-mêmes détermineront des structures possibles ;
  • hypothèse d'ouverture sur l'environnement où l'objet à modéliser est ouvert sur l'environnement que l'on doit présenter, même s'il n'est pas descriptible de façon exhaustive ;
  • hypothèse structuraliste où l'objet à modéliser doit être décrit dans sa totalité, fonctionnant et évoluant.

Ces hypothèses sont schématisées dans la figure 2.1 [Le Moigne 77].

Image non disponible
Figure 2.1 : le paradigme systémique.

Appliqué à l'entreprise, ce paradigme met l'accent sur les interrelations entre sa structure, son activité, son évolution et ses finalités, cela dans un environnement changeant.

I-B-1-b. Référentiel des complexités croissantes

K.E. Boulding [Boulding 56] puis J.L. Le Moigne [Le Moigne 77] ont proposé une classification des systèmes fondée sur leur complexité croissante. Cette classification se décompose en neuf niveaux. Ces niveaux sont bien sûr artificiels, et permettent à un observateur de situer sa modélisation, en fonction de la complexité de l'objet réel et surtout en fonction des objectifs du modèle représentant cet objet.

Cette classification en complexité croissante nous permet d'illustrer l'émergence de la notion de système d'information, de nous doter d'une définition du système d'information et d'appréhender les limites de l'informatisation de ces systèmes.

  • Niveau 1 : l'objet est passif et sans activité (une pierre, une table).
  • Niveau 2 : l'objet est actif et transforme des flux (structure active, mouvement prédéterminé : pressoir, ampoule électrique, la plupart des machines).
  • Niveau 3 : l'objet actif est régulé. Il présente quelques régularités de comportement, et l'on observe des refus d'autres comportements possibles. On peut le modéliser comme doté d'un autre processeur chargé d'assumer cette régulation (la cocotte-minute, le régulateur à boules de Watt).

La figure 2.2 illustre ces niveaux 2 et 3 de complexité.

Image non disponible
Figure 2.2 : Les niveaux 2 et 3 de complexité.
  • Niveau 4 : l'objet s'informe. Au lieu d'un couplage physique entre les deux processeurs, le processeur de régulation s'informe sur l'activité du processeur actif (injection électronique, freinage ABS…). À ce niveau, le système, pour se réguler par rapport à quelque finalité intelligible, capte de l'information-représentation sur son comportement. C'est aussi l'apparition du schéma classique de la théorie de l'information [Weaver &Shannon 49] :

émetteur - codage _ transmission _ décodage - récepteur

Cette modélisation de l'objet régulé grâce à un flux d'informations constitue le schéma de base de la cybernétique.

  • Niveau 5 : l'objet décide de son activité. Il passe d'un comportement théoriquement prévisible (ou programmé) à un comportement « libre » et apparaît doté d'un projet. C'est l'émergence d'un processeur décisionnel autonome.

La figure 2.3 illustre ces niveaux 4 et 5.

Image non disponible
Figure 2.3 : Les niveaux 4 et 5 de complexité.
  • Niveau 6 : l'objet a une mémoire. Pour prendre ses décisions, le processeur décisionnel fait appel à des informations-représentations non seulement du comportement actuel, mais aussi des comportements passés. Il s'appuie donc sur une chronique des informations-représentations passées. Ce niveau est ainsi caractérisé par l'émergence de processus de mémorisation. L'objet est alors doté d'une mémoire.
  • Niveau 7 : l'objet se coordonne. Le passage du niveau 6 au niveau 7 est la traduction d'un gain de complexité dans la modélisation de l'objet. Le processeur actif devient une fédération de processeurs actifs, nécessitant une coordination ; il est alors appelé système opérant (SO). La même évolution s'applique au processeur décisionnel qui devient système de pilotage (SP), ainsi qu'à la mémoire qui devient système d'information (SI).

La figure 2.4 illustre ces niveaux 6 et 7 de complexité.

Image non disponible
Figure 2.4 : Les niveaux 6 et 7 de complexité.

Les niveaux ultérieurs concernent des différenciations successives du système de pilotage.

  • Niveau 8 : l'objet imagine et s'autoorganise. Il est capable, pour atteindre ses objectifs, d'imaginer l'organisation de ses sous-systèmes la mieux adaptée. Le système de pilotage dispose de capacités d'imagination, de conception qu'il mettra à profit pour élaborer des plans d'action et conduire l'adaptation des autres sous-systèmes.
  • Niveau 9 : l'objet s'autofinalise. Ultime stade de l'évolution, l'objet est désormais capable de définir son projet, ses objectifs. C'est l'émergence de la conscience. Le système de pilotage dispose de capacités de finalisation (système de finalisation), lui permettant de changer ses objectifs. Pour les atteindre, il fera évoluer en conséquence ses sous-systèmes opérants, de pilotage et d'information.

La figure 2.5 illustre ces deux derniers niveaux. Pour ne pas surcharger la figure, les interrelations entre les sous-systèmes ne sont pas représentées.

Image non disponible
Figure 2.5 : Les niveaux 8 et 9 de complexité.

I-B-1-c. Modélisation systémique de l'entreprise

En nous proposant une modélisation progressive des objets, la systémique facilite la compréhension de l'entreprise, objet complexe actif et organisé. Tout corps social organisé, en particulier les entreprises ou les administrations, pourra être modélisé comme un système dont la complexité se situera au niveau 9 précédemment défini.

Au travers de l'étude des niveaux de complexité, nous avons vu progressivement apparaître le rôle du sous-système d'information (émergence de processus de mémorisation). Nous pourrons ainsi mieux situer les fonctions et le rôle du système d'information de l'entreprise et ses relations avec les autres sous-systèmes, le sous-système opérant et le sous-système de pilotage.

La figure 2.6 illustre la modélisation systémique de l'entreprise (ou organisation), avec ses trois sous-systèmes : système opérant (SO), Système d'information (SI) et système de pilotage (SP).

Image non disponible
Figure 2.6 : Les trois sous-systèmes de l'entreprise.

Décrivons de façon succincte le rôle de chacun de ces systèmes composant l'entreprise-système.

  • Le système opérant est le siège de l'activité productive de l'entreprise. Cette activité consiste en une transformation de ressources ou flux primaires. Ces flux primaires peuvent être des flux de matière, des flux financiers, des flux de personnel, des flux d'actifs ou enfin des flux d'information.

Notons au passage que ce dernier type de flux concernera des « informations-matière première », qui ne seront pas directement utilisées par l'entreprise à des fins de pilotage. Très souvent, dans le secteur tertiaire, la transformation de flux d'information de ce type est la principale activité de l'entreprise. Cela revient à assimiler le système opérant à un système transformant de l'information, on parlera alors de système d'information de production.

  • Le système de pilotage est le siège de l'activité décisionnelle de l'entreprise.
    Cette activité décisionnelle est très large et est assurée par tous les acteurs de l'entreprise, à des niveaux divers, depuis les acteurs agissant plutôt dans l'activité productrice de l'entreprise, à ceux dirigeant cette dernière. Elle permet la régulation, le pilotage, mais aussi l'adaptation de l'entreprise à son environnement. C'est cette activité qui conduira l'évolution, décidera notamment de l'organisation et de l'évolution des systèmes opérants et d'information.

Dans un contexte classique de gestion, cette activité concerne entre autres l'allocation des ressources impliquées (prévision, planification…), ainsi que leur suivi (contrôle de gestion, contrôle budgétaire…). Pour un affinement des fonctions de ce système de pilotage, on pourra s'inspirer notamment des travaux de J. Mélèse [Mélèse 82].

  • Le système d'information que nous considérons, pour l'instant, comme un système de mémorisation dont le rôle est de permettre au système de pilotage d'assurer ses fonctions, notamment en assurant son couplage avec le système opérant. Le paragraphe suivant traite en détail des fonctions de ce système.

I-B-1-d. Les fonctions du système d'information dans l'entreprise

L'analyse systémique nous a permis de faire émerger la notion de système d'information comme une représentation de l'activité du système opérant et/ou du système de pilotage, et de ses échanges avec l'environnement, conçue à l'initiative du système de pilotage en fonction des objectifs à atteindre et de l'organisation choisie.

Ce système d'information est destiné :

  • au système de pilotage pour pouvoir connaître et maîtriser le fonctionnement du système opérant ;
  • au système opérant lorsque les flux transformés sont de nature « information ».

Le système d'information (SI) assure dans l'entreprise, vue en tant que système, les fonctions primaires présentées dans la figure 2.7 [Le Moigne 78].

Image non disponible
Figure 2.7 : Les fonctions primaires du système d'information.
  • La génération des informations.

Comme nous venons de le voir, le système d'information est conçu à l'initiative du système de pilotage. Le système de pilotage doit alors faire preuve d'imagination (niveau 8 de Boulding) dans la définition de l'information nécessaire à l'émergence du système d'information et de ses fonctions.

La génération de l'information est ainsi une fonction indispensable que le système de pilotage doit exercer pour permettre la conception du système d'information. Cette génération est un préalable nécessaire à toute mémorisation de l'information, elle permettra toute saisie future de l'information et elle est propre à chaque organisation.

Cette génération de l'information consiste à donner à toute information un nom et une définition, reconnus et partagés au sein de l'entreprise ; cela revient à définir en fait le vocabulaire spécifique de l'entreprise. Elle concerne également la définition des événements déclarés « d'intérêt pour l'organisation », conduisant aussi à définir les réactions que l'organisation devra développer en réponse à ces événements.

  • La mémorisation des informations (transfert des informations dans le temps).

La fonction de mémorisation (collective) des informations a un rôle central, comme nous l'avons déjà vu dans le référentiel des complexités croissantes de K.Boulding : sans mémoire, pas d'apprentissage, pas d'intelligence. La nature et la signification des informations à mémoriser seront des éléments essentiels de la conception d'un système d'information.

  • La communication et la diffusion des informations (transfert des informations dans l'espace).

Le système d'information assure les échanges (acquisition et restitution) d'informations avec le système opérant et le système de pilotage. L'organisation de l'acquisition et de la restitution des informations constituera un autre élément important de la conception.

  • L'exécution de traitements (transfert des informations dans la forme).

Par référence à l'approche système, les traitements sont soit des activités de transformation d'information-matière première (relevant donc du système opérant), soit des activités de décision, élémentaires ou complexes (relevant du système de pilotage). Le système d'information accueille, pour le compte du système de pilotage ou du système opérant, les traitements suffisamment formalisés et répétitifs. Ce qui était une décision-réflexion au niveau du système de pilotage devient un réflexe au niveau du système d'information.

Ces fonctions primaires du système d'information peuvent être représentées comme dans la figure 2.8.

Image non disponible
Figure 2.8 : Les fonctions du systèmes d'information dans l'entreprise.

Ainsi défini, le système d'information ne fait aucune hypothèse sur les moyens le supportant ; le système d'information existe indépendamment (et bien avant l'apparition) des techniques informatiques. Toutefois, ces techniques informatiques vont permettre d'amplifier les fonctions de mémorisation, de communication et de traitement des informations.

L'informatisation du système d'information comporte ainsi deux préoccupations majeures ; d'une part la compréhension et l'explicitation du système d'information (activité, information, organisation), et d'autre part la construction de logiciels (fichiers, programmes), support du système d'information.

I-B-2. Informatisation d'un système d'information

I-B-2-a. Système d'information organisationnel et système d'information informatisé

Dans ce qui précède, nous avons vu que les fonctions de mémorisation, communication et traitement du système d'information pouvaient être amplifiées par les techniques informatiques.

L'informatisation du système d'information conduit à distinguer dans la conception d'un système d'information deux niveaux d'étude différents (voir la figure 2.9).

Image non disponible
Figure 2.9 : Système d'Information Organisationnel et Informatisé.
  • le niveau du système d'information organisationnel (SIO) qui exprime l'activité organisée associée au fonctionnement du système d'information (signification des informations, tâches humaines/informatisées) ;
  • le niveau du système d'information informatisé (SII) qui ne concerne que le contenu informatisé (logiciel, fichiers ou bases).

Cette distinction se traduira par des préoccupations et des raisonnements différents lors de la conception du système d'information. Le système d'information organisationnel est essentiellement tourné vers les utilisateurs et fera appel à des disciplines des sciences de la gestion. Le système d'information informatisé est plus l'affaire des informaticiens et fera appel aux disciplines du génie logiciel. Cependant, le système d'information informatisé doit s'inscrire dans le système d'information organisationnel ; la conception du système d'information informatisé s'appuie donc sur celle du système d'information organisationnel.

Pour tenter d'illustrer l'imbrication et la différence de nature de ces systèmes d'information, on peut considérer le SIO comme « naturel et vivant » et le SII comme « artificiel ». Concevoir un nouveau système d'information, c'est amplifier certaines fonctions du système naturel par une « prothèse artificielle ». Pour ce faire, il faut d'abord comprendre le fonctionnement du système naturel, choisir les fonctions à « appareiller », imaginer le fonctionnement du futur système mixte (naturel + artificiel), concevoir, spécifier et réaliser le système artificiel, puis remplacer le système actuel par le futur système.

Cette image rappelle que la conception du système artificiel ne peut se faire en dehors du système naturel et que le système naturel verra son comportement modifié par la greffe du système artificiel.

Ces rétroactions mutuelles entre le SIO et le SII lors du processus de conception sont une particularité de l'ingénierie des systèmes d'information par rapport à d'autres ingénieries. Ainsi, dans l'ingénierie informatique de systèmes plus physiques (robotique, process, logiciel de base…), le milieu recevant l'application informatique ne réagit pas sur sa greffe. Par contre, dans l'ingénierie de systèmes d'information, le système à informatiser, par sa capacité de réaction due à son niveau de complexité (voir niveaux 8 et 9 du paragraphe « Référentiel des complexités croissantes » au début de ce chapitre) et à son caractère vivant, va réagir à l'implantation de l'application informatique en l'intégrant, la détournant ou la rejetant. Imaginer, comprendre, anticiper ces réactions sont des réflexions déterminantes dans l'informatisation des systèmes d'information, à prendre en compte dans les méthodes de conception de ces systèmes.

Ces deux aspects d'un système d'information permettent d'expliquer certaines différences d'appréciations de la méthode Merise, selon que l'on est gestionnaire ou informaticien. Pour un gestionnaire, une activité manuelle déclenchée par un flux d'informations, l'organisation de cette activité et la répartition des tâches informatisées sont des préoccupations majeures du système d'information organisationnel. L'architecture des divers programmes, l'organisation des données sur des fichiers sont des préoccupations majeures de l'informaticien et concernent le système d'information informatisé.

Nous y trouverons également une explication, d'une part aux difficultés de généralisation de la méthode Merise à certains compartiments du génie logiciel, d'autre part aux inadéquations de certains développements du génie logiciel, plus orientés systèmes physiques, par rapport à l'ingénierie des systèmes d'information.

La méthode Merise traitera de la spécification et de la validation à la fois du système d'information organisationnel (SIO) et du système d'information informatisé (SII).

I-B-2-b. Statique et dynamique du système d'information

Les premières méthodes de conception de systèmes d'information s'appuyaient essentiellement sur une approche par les traitements des données. Les concepteurs identifient une typologie de traitements, puis spécifient et organisent les informations en fonction de leur utilisation par chaque traitement.

On constate ainsi une similitude totale entre la structure des informations mémorisées, utilisées pour le traitement, et la structure des informations perçues par l'utilisateur conformément à son besoin ponctuel.

Avec l'introduction des bases de données, l'idée de séparation données-traitements s'est diffusée ; elle a été adoptée par les méthodes de la deuxième génération. Notons toutefois que cette séparation est essentiellement artificielle ; les données n'ont d'usage qu'à travers les traitements, les traitements ne peuvent fonctionner sans données.

Dans la méthode Merise, nous retrouvons cette distinction entre données et traitements.

  • Les données représentent l'aspect statique du système d'information : ce qui est. Les données présentent, dans leur signification, une certaine stabilité et une invariance dans le temps. Cette signification (sémantique) est essentiellement déterminée par le type d'activité de l'entreprise.
  • Les traitements représentent l'aspect cinématique du système d'information : ce qui se fait. Les traitements, et en particulier leur organisation, présentent une plus grande variabilité, en fonction essentiellement de l'évolution des besoins. Par abus de langage, on parlera de dynamique plutôt que de cinématique.

Ces deux volets, données et traitements, constituent une composante fondamentale de Merise.

L'analyse des données d'une part et celle des traitements d'autre part, ne s'effectuent pas dans une ignorance mutuelle : lorsque le concepteur analyse et spécifie les données, il doit garder présent à l'esprit que la justification d'une information est issue des traitements, sans pour cela conditionner sa structuration.

Inversement, lors de l'analyse et la spécification des traitements, le concepteur s'intéressera essentiellement au fonctionnement du système d'information, sans systématiquement associer les informations utilisées (voir figure 2.10).

Image non disponible
Figure 2.10 : Analyse séparée données-traitements.

Cette alternance de préoccupations, cette relative indépendance dans la description des données et des traitements, nécessiteront des confrontations pour valider la cohérence entre données et traitements, qui demeurent indissociés au niveau du système d'information naturel.

La mise en œuvre des analyses et spécifications successives des données et des traitements sera précisée par la démarche de la méthode.

I-B-2-c. Système d'information naturel ou artificiel et évolution de l'entreprise

Nous avons vu précédemment que tout corps social organisé, en particulier les entreprises ou les administrations, pouvait être considéré comme un objet que l'on peut modéliser au travers d'un système de niveau 9 de complexité. Ce système décide de ses objectifs et adapte son organisation pour les atteindre ; il fait donc naturellement évoluer ses trois sous-systèmes : système opérant (SO), système de pilotage (SP) et système d'information (SI).

Nous avons ensuite vu que l'informatisation d'un système d'information, finalité de la méthode Merise, conduisait à la réalisation d'un système artificiel (SII) greffé au sein d'un système naturel (SIO).

Dans la conception de ce système artificiel, l'état actuel des connaissances ne permet pas de proposer une méthode pratique et efficace de conception de systèmes d'information qui s'appuie sur des modèles de systèmes de niveaux 8 et 9, c'est-à-dire qui intégrerait la prise en compte de l'adaptation à sa propre évolution (système d'information autoadaptatif ou autoévolutif).

Aussi, il ne nous est actuellement pas possible de concevoir des systèmes d'information dotés de capacités d'autoadaptation leur permettant d'accompagner l'évolution de l'entreprise et de son système d'information naturel. Cela revient à dire que les méthodes de conception actuellement proposées (dont Merise) modéliseront l'entreprise seulement au niveau 7 de complexité, c'est-à-dire à organisation stabilisée.

Cette hypothèse a une conséquence fondamentale. La modification de l'organisation de l'entreprise (niveau 8) et a fortiori la modification de ses objectifs (niveau 9) entraînent une évolution relativement continue de son système d'information naturel ; évolution qui nécessitera en conséquence des reconceptions successives, externes et ponctuelles du système d'information artificiel le supportant.

Ainsi, à chaque évolution structurelle de l'environnement ou de l'entreprise, le système d'information naturel va immédiatement tenter de s'adapter, alors que le système d'information artificiel devrait être modifié par ses concepteurs. Au cours du temps, l'accumulation des évolutions du système d'information naturel va induire un écart avec le système d'information artificiel ; le rattrapage de ce décalage nécessitera une action de maintenance (voir figure 2.11).

Image non disponible
Figure 2.11 : Évolutions comparées des systèmes d'information naturel et artificiel.

L'existence de cette dérive entre les deux systèmes d'information et les actions consécutives de maintenance nous suggère quelques réflexions.

  • Il importe avant tout de faciliter les actions de maintenance. Les progrès enregistrés dans les outils de développement de logiciel (langages, SGBD, AGL) rendent plus facile et rapide la mise en œuvre des évolutions. Les méthodes de génie logiciel (modularité, structuration, approche objet) œuvrent dans le même sens. Enfin, la recherche d'éléments stables sur lesquels la conception initiale pourra s'appuyer doit être une préoccupation des méthodes de conception. Dans la méthode Merise, cette recherche des éléments les plus stables (ou invariants) se traduira par la mise en évidence de niveaux d'abstraction (voir chapitre 3, Les raisonnements ou cycle d'abstractionraisonnements ou cycle d'abstractionLes raisonnements ou cycle d'abstraction).
  • La fréquence et l'importance de la maintenance ainsi que la proportion de la partie informatisée dépendent totalement de la vitesse d'évolution du système d'information naturel (voir figure 2.11). Une entreprise dont l'activité est stabilisée aura un système d'information naturel à évolution lente ; on pourra ainsi en informatiser une grande partie ; les opérations de maintenance seront espacées. Une entreprise soumise à un environnement perturbé, dont l'activité est en constante adaptation, aura un système d'information naturel à évolution rapide ; les opérations de maintenance seront quasi continuelles et inciteront certainement les concepteurs à limiter la part du système d'information informatisé, voire à concevoir des systèmes d'information « jetables ».

Cette succession d'évolutions pour le système d'information artificiel (ou informatisé) rythmera son « cycle de vie » : des évolutions mineures se traduiront par des révisions puis de nouvelles versions de l'application, des remises en cause profondes donneront naissance à de nouvelles générations.

I-C. Chapitre 3 Les trois composantes de Merise

Comme nous l'avons présenté en introduction, une méthode de conception de système d'information s'inscrit dans trois dimensions (voir figure 3.1) exprimant :

  • la démarche ou cycle de vie ;
  • le raisonnement ou cycle d'abstraction ;
  • la maîtrise ou cycle de décision.

La mise en œuvre de la méthode Merise doit toujours se repérer par rapport à ces trois dimensions. Tout instant de la conception doit pouvoir se situer dans ce référentiel.

I-C-1. La démarche ou cycle de vie

La dénomination de ce cycle traduit le caractère « vivant » du système d'information, présentant une conception, une gestation, une naissance, une croissance, une évolution, et une mort… puis une renaissance. Dans le cas d'un système d'information, on peut distinguer trois grandes périodes : la conception, la réalisation et la maintenance.

La méthode Merise propose, pour le déroulement du cycle de vie, le découpage de ces grandes périodes en différentes étapes (voir figure 3.2).

Image non disponible
Figure 3.1 : Repérage dans les trois dimensions de Merise.

La période de conception se découpe en trois étapes : le schéma directeur, l'étude préalable et l'étude détaillée. La période de réalisation se décompose, elle aussi, en trois étapes : l'étude technique, la réalisation logicielle et la mise en service.

Nous allons décrire succinctement ces différentes étapes définies par la méthode Merise, étapes qui seront étudiées en détail dans la quatrième partie.

I-C-1-a. Le schéma directeur

Première étape de conception, le schéma directeur définit le cadre général du développement des systèmes d'information principalement en termes d'objectifs et de contraintes. Il détermine, pour les systèmes d'information :

  • le découpage en domaines ;
  • les orientations d'informatisation ;
  • les axes organisationnels ;
  • les options sociopersonnelles ;
  • la politique matérielle et logicielle ;
  • la planification globale du développement ;
  • les cadres budgétaires.
Image non disponible
Figure 3.2 : Le cycle de vie de Merise.

I-C-1-b. L'étude préalable

Dans la ligne schéma directeur, l'étude préalable est une étape fondamentale de Merise. Elle permet, avant de se lancer complètement dans un projet, d'élaborer globalement différentes solutions et d'en évaluer les diverses conséquences. Cette étape est confrontée à deux exigences contradictoires :

  • une durée relativement courte (quelques mois au plus) ;
  • une analyse suffisamment complète pour permettre une évaluation raisonnable.

Elle portera en conséquence sur un sous-ensemble représentatif du domaine étudié. L'étude préalable permet de proposer des solutions en précisant pour chacune :

  • le processus de fonctionnement du domaine ;
  • le degré et le type d'automatisation ;
  • la perception des informations ;
  • le coût des moyens à mettre en œuvre (informatique en particulier) ;
  • les délais et étapes transitoires ;
  • les avantages et contraintes de la solution ;
  • la situation par rapport au schéma directeur.

I-C-1-c. L'étude détaillée

Elle permet, à partir des choix issus de l'étude préalable, de spécifier complètement le futur système d'information. Cette conception comporte deux phases :

  • La conception générale, dont l'objet est d'étendre à l'ensemble du domaine les principes de fonctionnement retenus sur le sous-ensemble représentatif. Les différentes spécifications sont complétées et validées.
  • La conception détaillée, qui produit, au niveau de chacune des tâches à automatiser, une description complète en termes de support (dessin écran, imprimé), d'algorithme (règles de calcul, de contrôle…), d'action sur les données (mise à jour, consultation).

L'étude détaillée permet d'obtenir, pour l'utilisateur, une description complète et contractuelle du futur système d'information organisationnel. Elle permet également de réajuster les évaluations de moyens, coûts et délais estimés dans l'étude préalable.

I-C-1-d. L'étude technique

Elle est la traduction informatique des spécifications issues de l'étude détaillée.

Elle permet de déterminer :

  • la structure informatique de la base de données ;
  • l'architecture des programmes (transactionnel et batch) ;
  • la structure de chaque programme et des accès aux données.

La position de cette étape est souvent ambiguë. Demeurant étape d'étude, elle peut être considérée comme la partie informatique de l'étude détaillée. Toutefois, son aspect fortement technique la rend très proche de la réalisation, s'assimilant à la spécification de celle-ci.

I-C-1-e. La production de logiciel

Elle consiste à traduire, dans des langages appropriés, les spécifications exprimées dans les étapes précédentes. Cette production comprendra, entre autres :

  • l'écriture des programmes dans un langage de programmation ;
  • la génération des fichiers ou des bases de données ;
  • les tests de mise au point.

À l'issue de cette étape, une recette du logiciel est effectuée, prononçant la conformité aux spécifications.

I-C-1-f. La mise en service

Elle consiste à installer les logiciels réalisés et à mettre progressivement l'ensemble du système d'information au service des utilisateurs. Au cours de cette étape, on procède à :

  • la mise au point d'un planning d'installation tenant compte des phases transitoires ;
  • la création et le chargement des informations de base ;
  • la formation des utilisateurs ;
  • la vérification du bon fonctionnement du logiciel ;
  • la mise en place progressive de la nouvelle organisation.

À l'issue de cette période de lancement, on pourra procéder, suivant les événements, à la recette provisoire puis définitive du système d'information.

I-C-1-g. La maintenance

Elle consiste à prendre en compte les évolutions apparaissant après le lancement opérationnel. Il faudrait, en fait, distinguer une étape supplémentaire, antérieure à la maintenance : le fonctionnement opérationnel.

Cette étape, qui demeure la plus importante de la vie d'un projet, ne devrait pas se manifester autrement que par des tâches d'exploitation. Les évolutions conduisant à une modification de l'application initiale proviennent des progrès technologiques, de la modification de l'environnement et des utilisateurs.

Cette maintenance se traduit par un « rebouclage » du cycle de vie :

  • étude de l'impact de la modification ;
  • spécification des modifications à effectuer ;
  • réalisation ;
  • mise en service.

I-C-1-h. La remise en cause

Cette étape est essentiellement un constat d'évolutions trop importantes pour relever d'une simple maintenance. Ces évolutions peuvent trouver leur origine dans l'ancienneté de l'application, l'obsolescence technologique prétexte à une révision totale de la conception du système d'information ou un changement important dans l'activité ou dans les principes d'organisation.

Si le constat conclut à une remise en cause nécessaire du système d'information, le cycle de vie reprendra soit à une nouvelle étude préalable, soit plus radicalement à partir d'un nouveau schéma directeur.

I-C-2. Les raisonnements ou cycle d'abstraction

Lors de la conception d'un système d'information, différents problèmes peuvent se présenter, par exemple :

  • la description du fonctionnement de l'activité ;
  • la définition de règles de gestion ;
  • la définition des informations ;
  • la répartition des traitements entre l'homme et la machine ;
  • l'organisation physique des fichiers ;
  • le découpage en transactions ;
  • le choix du matériel ;
  • la répartition des responsabilités au sein de la structure.

Ces problèmes conduisent à faire des choix de natures différentes (gestion, organisation, techniques, matériels, etc.). Aussi est-il nécessaire d'effectuer une hiérarchisation, de rassembler des préoccupations en niveaux d'intérêts homogènes.

Cette nécessité d'aborder successivement les différents types de préoccupations a conduit à proposer différents niveaux d'abstraction ou de hiérarchisation des préoccupations.

Le découpage en niveaux a été confirmé par la communauté internationale [ANSI-X3-SPARC 75]. Nous retiendrons pour Merise quatre niveaux d'abstraction (voir figure 3.3) :

  • niveau conceptuel ;
  • niveau organisationnel ;
  • niveau logique ;
  • niveau physique.

Les deux premiers niveaux sont adaptés à la conception du système d'information organisationnel (SIO), les deux derniers à la conception du système d'information informatisé (SII). Nous aurons l'occasion de revenir plus précisément sur chacun de ces niveaux tout au long de cet ouvrage. Dans cette présentation générale, nous les définirons ainsi :

  • Système d'information organisationnel (SIO) :

    • Le niveau conceptuel exprime les choix fondamentaux de gestion (recherche des éléments stables indépendamment des moyens à mettre en œuvre, de leurs contraintes et de leur organisation).
    • Le niveau organisationnel exprime les choix d'organisation de ressources humaines et matérielles, au travers notamment de la définition de sites, de postes de travail.
Image non disponible
Figure 3.3 : Les quatre niveaux d'abstraction de Merise.
  • Système d'information informatisé (SII) :

    • Le niveau logique exprime les choix de moyens et de ressources informatiques, en faisant abstraction de leurs caractéristiques techniques précises.
    • Le niveau physique traduit les choix techniques et la prise en compte de leurs spécificités.
Image non disponible
Figure 3.4 : Les différents modèles du système d'information.

À chaque niveau d'abstraction (conceptuel, organisationnel, logique, physique), pour chaque volet (données, traitements), le système d'information est représenté par un modèle (voir figure 3.4). Chaque modèle est exprimé dans un formalisme utilisant des concepts adaptés.

Au niveau conceptuel, le modèle conceptuel des données (MCD) formalise la signification des informations sur lesquelles repose le système d'information, sans contrainte technique ni économique. Le modèle conceptuel de traitements (MCT) formalise l'activité du domaine abordé, sans préciser les ressources ni leur organisation.

Au niveau organisationnel, le modèle organisationnel de traitements (MOT) décrit le fonctionnement du domaine en précisant les ressources humaines et matérielles mobilisées, ainsi que l'organisation de ces ressources dans le temps et dans l'espace. Le modèle organisationnel des données (MOD) précise quelles sont parmi les données définies au niveau conceptuel (MCD) celles qui sont prises en compte par le futur système informatisé, où ces données sont localisées (répartition par site organisationnel), leur confidentialité pour chaque intervenant de l'entreprise.

Au niveau logique, le modèle logique de données (MLD) fournit une description des données tenant compte des moyens informatiques de mémorisation et de leurs conditions d'utilisation par les traitements. Le modèle logique de traitements (MLT) décrit comment les tâches informatisées définies dans les MOT précédents sont conçues en termes de logiciel.

Au niveau physique, le modèle physique de données (MPD) est une description de la ou des bases de données ou de l'ensemble des fichiers, exprimée dans la syntaxe du système de gestion de bases de données (SGBD) ou système de gestion de fichiers (SGF) adoptés. Enfin, le modèle physique de traitements (MPT) précise, pour la réalisation, les spécifications techniques des différents modules définis au niveau du MLT. Ces modules pourront être réalisés soit en langages de quatrième génération, soit de façon plus traditionnelle en langage de troisième génération (Cobol, C…).

La construction d'un système d'information, relativement aux seuls raisonnements, se traduit par un enchaînement des différents raisonnements basés sur l'utilisation des modèles et formalismes : le cycle d'abstraction. Ce processus doit permettre de répondre aux questions suivantes :

  • Comment élaborer et exprimer les différents modèles ?
  • Comment passer d'un niveau d'abstraction au suivant et transformer les différents modèles ?
  • Comment confronter données et traitements pour assurer la cohérence du système ?

Ce parcours du cycle d'abstraction mettra en jeu des compétences et intérêts diversifiés. En particulier, gestionnaires - utilisateurs et informaticiens seront tour à tour concernés par l'élaboration des différents modèles.

Nous avons déjà vu cette différence de culture et de préoccupation dans la distinction entre le système d'information organisationnel (SIO) et le système d'information informatisé (SII). Sans instaurer une barrière entre partenaires gestionnaires et partenaires informaticiens, l'implication et la contribution de chacun seront très différentes selon la partie (SIO ou SII) :

  • L'élaboration du système d'information organisationnel exige l'implication du gestionnaire - utilisateur ; les problèmes abordés et les solutions à proposer relèvent essentiellement de son choix. Les formalismes utilisés pour l'expression des modèles devront en tenir compte.
  • L'élaboration du système d'information informatisé relève uniquement du savoir-faire des informaticiens. Les formalismes utilisés dans les modèles feront largement appel à des concepts du métier informatique.

Cette répartition des pôles d'intérêts entre gestionnaires et informaticiens ne préjuge pas de l'organisation des groupes de travail ; la répartition des rôles et des contributions sera réglée par le cycle de décision.

La manière dont ces préoccupations, pôles d'intérêts et de compétences émergent dans le cycle d'abstraction est illustrée dans la figure 3.5.

Image non disponible
Figure 3.5 : La répartition des préoccupations entre le gestionnaire et l'informaticien pour les huit modèles de Merise.

I-C-3. La maîtrise du projet ou cycle de décision

Le déroulement simultané de la démarche et des raisonnements doit être maîtrisé. Dans chaque modèle, à chaque étape, des choix doivent être effectués. Vers quel projet veut-on aller ? Quels moyens veut-on lui affecter ?

La mise en œuvre de la méthode Merise se traduit, en plus, par une succession de choix permettant, d'une part, de contrôler la durée globale de la conception-réalisation, d'autre part, de définir un système en harmonie avec les objectifs généraux de l'entreprise.

Notons que la maîtrise comprend également l'ensemble des décisions d'arbitrage relatives aux coût, délai et niveau de gamme associés au projet.

Nous avons tenté d'illustrer le caractère antagoniste de ces trois composantes par un triangle Coût-Délai-Niveau de gamme (voir figure 3.6). Il traduit qu'un projet ne peut à la fois être de coût réduit, de niveau de gamme élevé et avec des délais serrés ; privilégier une composante (se rapprocher d'un sommet) se fait au détriment des autres composantes.

Ainsi, dans le cadre d'un projet P, des préférences différentes peuvent conduire à deux variantes P1 et P2 :

  • P1 met en priorité un niveau de gamme élevé, accompagné d'un coût élevé sans trop de contraintes sur le délai ;
  • P2 met en priorité un coût raisonnable en réduisant le niveau de gamme, toujours sans trop de contraintes sur le délai.

La responsabilité de ces différents choix incombe à un troisième partenaire. Après l'utilisateur - gestionnaire et l'informaticien intervient le décideur (ou direction).

Image non disponible
Figure 3.6 : Délai, coût et niveau de gamme liés à la maîtrise d'un projet.

La répartition des rôles entre ces différents partenaires, les diverses décisions à prendre au fur et à mesure de l'avancement du projet, la hiérarchisation des choix et les résultats à produire constituent les principaux éléments de cette maîtrise du projet.

L'organisation générale du projet s'articule autour de trois groupes :

  • le groupe de pilotage ;
  • le groupe de projet ;
  • le groupe de validation.

La composition, le mode d'intervention et le rôle de ces groupes seront détaillés dans la partie IV de l'ouvrage. Dans la pratique, le cycle de décision est intégré dans le cycle de vie. Cela se traduit par des résultats types à l'issue de chaque étape et par des décisions attendues, comme le montre la figure suivante :

Image non disponible
Figure 3.7 : Le cycle de décision de Merise.

Enfin, dans cette dimension, il importe de laisser une grande latitude de personnalisation par l'entreprise. Des petits projets ne mobilisent pas nécessairement les mêmes moyens de contrôle que ceux présentant un rôle stratégique pour l'entreprise.

Trois dimensions indispensables

Les trois dimensions de la méthode Merise, le cycle d'abstraction, le cycle de vie et le cycle de décision sont fondamentales et indispensables. Pourrions-nous concevoir des méthodes de conception de systèmes d'information négligeant une de ces trois dimensions ?

Méthodes sans cycle d'abstraction ?

Image non disponible

De telles méthodes sont trompeuses. Elles présentent une démarche, une succession de décisions et une organisation ; elles se limitent à la conduite du projet. Elles laissent cependant le concepteur sans technique ni instruments (modèles) lui permettant de formaliser ses raisonnements de conception et de sérier ses problèmes.

Méthodes sans cycle de vie ?

Image non disponible
  • De telles méthodes se réduisent à un ensemble de modèles et omettent le cycle de vie ; le cycle de décision est alors aussi très pauvre. Elles sont souvent intellectuellement séduisantes, mais n'indiquent au concepteur aucune démarche de mise en œuvre.
  • De telles méthodes ne sont pas plus envisageables, car cela postulerait que le cycle d'abstraction est suffisamment naturel et acceptable par les décideurs de l'organisation pour conduire le déroulement de la conception. Par exemple, on ne se préoccuperait d'aspects ergonomiques ou des matériels qu'en fin de conception, sous prétexte que des réflexions de conception ne doivent pas être « polluées » par de telles considérations.
    Cela est bien entendu théorique.
  • À cette occasion, on peut regretter que de trop nombreux ouvrages sur la méthode Merise se cantonnent à une présentation des modèles (les raisonnements du cycle d'abstraction) et escamotent la démarche qui seule propose un guide de mise en œuvre.

Méthodes sans cycle de décision ?

Image non disponible
  • Les décisions sont prises sans qu'une hiérarchie n'ait été fixée. De telles méthodes ne sont pas envisageables, car en ne se préoccupant pas du déroulement du cycle de décision, la conception du système d'information devient rapidement incontrôlable en temps et en coût. Il est nécessaire de pouvoir définir des étapes de conception et de réalisation de contenu et de durées fixées, qui permettront une maîtrise du projet, ainsi qu'une certaine répartition du travail.
  • Sauf à envisager un projet en solitaire, l'absence de cycle de décision prive le projet d'une organisation. Le projet se déroule sans objectif, les décisions sont prises « par défaut », dans une absence de responsabilité.

I-C-4. Cheminement du processus de conception

Comme nous l'avons déjà indiqué, la méthode Merise se préoccupe principalement de la conception du système d'information organisationnel et informatisé. Une des grandes originalités de la méthode Merise est le cheminement du processus de conception qu'elle préconise, illustré par la courbe dite du soleil (figure 3.8).

La méthode Merise préconise, lorsque cela est possible, de partir d'une compréhension du système d'information actuel, compréhension qui ne peut se faire, la plupart du temps, qu'aux niveaux physique et logique/organisationnel ; on se situe alors dans la partie gauche de la courbe de la figure 3.8. Cette compréhension se construira, par exemple, en étudiant le fonctionnement du domaine (ses activités, son organisation), en observant les différents formats des fichiers, l'architecture de la base de données, des différents documents manuels ou informatisés, etc., ainsi qu'au travers d'entretiens avec divers acteurs de l'organisation, de la direction générale aux utilisateurs directs ou indirects du système d'information actuel.

Image non disponible
Figure 3.8 : Le cheminement de conception de Merise.

Cette étude doit permettre de faire émerger une compréhension du système actuel de niveau conceptuel, ne conservant que les grandes finalités de l'organisation, les grands choix de gestion qu'elle a pu faire consciemment ou non, abstraction faite des choix organisationnels et physiques précédemment retenus. Cette compréhension du système d'information actuel ne conduit pas obligatoirement à l'élaboration soignée de modèles de données et de traitements.

Cette modélisation conceptuelle actuelle du système d'information permet de mieux appréhender les nouveaux choix conceptuels que l'entreprise souhaite faire pour son développement futur et ainsi de concevoir les modèles conceptuels que devrait respecter le futur système d'information. On se situe alors dans la partie droite de la courbe de la figure 3.8 concernant la conception du futur système d'information. À partir de cette définition conceptuelle du futur système, des modélisations nouvelles prenant en compte des choix d'organisation et des choix techniques permettront de définir plus complètement pour sa réalisation le système futur.

En fait, le parcours de cette courbe du soleil représente la projection de la démarche (cycle de vie) sur les raisonnements. Comme l'indique la courbe, la conception avec la méthode Merise s'effectue suivant un parcours itératif des modèles du cycle d'abstraction. L'étude préalable permet de comprendre le système actuel et d'élaborer des propositions de solutions, du niveau conceptuel au niveau technique, avec un degré de détail suffisant pour permettre les évaluations quantitatives et qualitatives nécessaires au choix d'un système futur. L'étude détaillée et l'étude technique, sur les niveaux qui les concernent, généraliseront et détailleront la solution préalable retenue.

I-C-5. Niveaux d'abstraction, couverture du domaine étudié et degré de détail

Le processus de conception progressif et le parcours des niveaux selon la courbe du soleil ont, dans la pratique, corrélé la prise en compte des niveaux successifs d'abstraction et l'affinement du degré de détail. En particulier, dans la modélisation des traitements, le passage au niveau inférieur (du conceptuel à l'organisationnel, par exemple) se traduit généralement par une décomposition des activités décrites au niveau supérieur.

Nous voulons, dans ce paragraphe, expliciter les différentes dimensions qui interviennent dans la modélisation :

  • les niveaux d'abstraction ;
  • la couverture du domaine étudié ;
  • le degré de détail.

La succession des niveaux d'abstraction traduit la prise en compte progressive de préoccupations différentes (qui, dans la réalité, sont bien évidemment mélangées…) :

  • le niveau conceptuel (Que fait-on et pourquoi ? Que signifient les informations ?) ;
  • le niveau organisationnel (Comment et avec quels moyens humains et informatiques ?), préoccupation du gestionnaire ;
  • le niveau logique (Comment et avec quels moyens logiciels ?), préoccupation de l'informaticien ;
  • le niveau physique (Comment concrétiser, compte tenu d'un environnement technique ?).

La spécification des données et des traitements s'effectue à chaque niveau par des modèles exprimés dans des formalismes.

La couverture du domaine exprime la part des activités et informations étudiées selon les étapes de la démarche. Elle reste partielle en étude préalable (notion de sous-ensemble représentatif) pour tendre vers l'exhaustivité en étude détaillée. Cette dimension d'étendue du champ étudié est d'ailleurs illustrée dans la courbe du soleil figure 3.8.

Le degré de détail dépend essentiellement de la démarche et du processus de conception : on peut analyser un système actuel avec un degré de détail moyen, puis proposer des solutions futures avec un degré assez global, enfin affiner le détail au fur et à mesure de la progression du projet. Le degré de détail doit également s'adapter, au gré du concepteur, à l'ampleur d'un projet en fonction des contraintes de temps ; une étude préalable sur un domaine vaste et des délais réduits imposera une « maille d'analyse » assez grossière. Le concepteur doit donc pouvoir élaborer, à un niveau d'abstraction donné, un modèle global, moyen ou détaillé.

La figure 3.9 illustre le croisement de la couverture du domaine et du degré d'abstraction. On voit que, classiquement, l'étude préalable combine couverture partielle et « maille d'analyse » globale. L'étude détaillée comporte d'abord une extension de modélisation à degré de détail constant (la conception générale), puis entreprend un affinage du degré de détail (la conception détaillée).

Image non disponible
Figure 3.9 : Le croisement de la couverture du domaine et du degré de détail.

La figure 3.10 illustre le croisement du niveau d'abstraction et du degré de détail.

Image non disponible
Figure 3.10 : Le croisement du niveau d'abstraction et du degré de détail.

La diagonale de la figure représente le mode de mise en œuvre classique des modèles évoqués précédemment. Ce parcours montre que le passage d'un modèle à un autre combine le changement de niveau (donc l'intégration de nouvelles préoccupations) et l'affinage du détail. Cependant, deux cheminements sont possibles et rendent, dans chaque cas, nécessaire l'accroissement du détail à niveau constant. Dans la compréhension et la mise en œuvre des modèles et de leurs formalismes associés, il est donc important de dissocier le niveau d'abstraction et le degré de détail.

Comment permettre au concepteur de moduler le degré de détail d'un modèle selon les circonstances dans le même niveau d'abstraction ? Les techniques de décomposition/composition, inspirées des méthodes anglo-saxonnes (décomposition hiérarchique de l'« analyse structurée ») nous offrent des solutions.

Ces techniques de décomposition sont fondées sur le principe « des boîtes qui se décomposent en boîtes, qui elles-mêmes se décomposent en boîtes, qui… », apportant ainsi d'une part un effet de grossissement progressif, d'autre part une adéquation de la taille des schémas aux capacités d'analyse des lecteurs. Les méthodes SADT/Idef0 et SA appliquent ces comportements, en ne différenciant pas toutefois la notion de niveau.

Dans le cadre de la méthode Merise, nous suggérons d'adopter ce principe essentiellement pour les modèles de traitements, et nous proposons deux techniques à mettre en œuvre, à niveau d'abstraction constant : la décomposition hiérarchique à concept constant et la stratification des modèles types.

Dans la technique de décomposition hiérarchique, l'activité initiale et les activités issues de la décomposition sont de même type de concept. Pour illustrer cette décomposition hiérarchique, la figure 3.11 montre l'exemple de la décomposition d'une unité de traitements (UT) en unités de traitements plus fines dans un modèle logique de traitements.

Image non disponible
Figure 3.11 : Décomposition hiérarchique dans un modèle logique de traitements.

Dans la technique de stratification, la décomposition s'effectue en changeant de type de concept, tout en restant au même niveau. Pour illustrer cette stratification, la figure 3.12 montre l'exemple de la décomposition d'une phase d'un modèle organisationnel de traitements global en tâches d'un modèle organisationnel de traitements détaillé.

Image non disponible
Figure 3.11 : Décomposition hiérarchique dans un modèle logique de traitements.

Dans la suite de l'ouvrage, nous aborderons la technique de décomposition des traitements, pour chaque niveau de modèle, sous le terme de modularité de la modélisation des traitements.

Le recours à cette décomposition (associée à des précisions dans la description des données et des règles utilisées dans les traitements) est également préconisé dans Merise/2 [Panet, Letouche 94] sous la forme de nouveaux types de modèles de traitements dits analytiques.

On peut également s'interroger sur l'apport de cette technique de décomposition/composition dans le cas des modèles de données (en particulier au niveau conceptuel). Cependant, nos réflexions actuelles ne sont pas suffisamment avancées pour constituer une proposition opérationnelle.

I-D. Chapitre 4 Différents types de systèmes d'information et la méthode Merise

La définition générale d'un système d'information que nous avons proposée au début du chapitre 2, « Contribution de la science des systèmesContribution de la science des systèmes », et son processus d'informatisation avec la méthode Merise recouvrent en fait une certaine diversité de situations. Nous avons voulu, dans ce chapitre, prolonger nos réflexions théoriques pour analyser différents types de systèmes d'information et évaluer l'adéquation de la méthode Merise pour leur informatisation.

Le lecteur souhaitant prendre directement connaissance du contenu détaillé de la méthode Merise pourra passer directement à la deuxième partie et revenir ultérieurement sur ces développements.

I-D-1. Le paradigme de R. Anthony

Depuis 1965, date de sa publication, l'ouvrage de R. Anthony [Anthony 65] a fourni un cadre d'analyse des processus de planification et de contrôle en management. Au fil des ans, ce cadre a été érigé en véritable paradigme. Il propose une typologie des processus de planification et de contrôle stratifiée à trois niveaux :

  • La planification stratégique. C'est le processus de décision qui permet l'élaboration des objectifs et de la politique de l'entreprise, sur leur changement éventuel, sur les ressources utilisées pour atteindre ces objectifs, sur les politiques d'acquisition, d'utilisation et d'organisation des ressources.
  • La planification et le contrôle managérial. C'est le processus par lequel les gestionnaires s'assurent que les ressources sont utilisées de façon efficace et rentable. La planification managériale consiste en la conception de plans à partir des objectifs définis dans la planification stratégique. Le contrôle managérial portera sur l'identification et la correction des déviations des plans précédemment conçus.
  • Le contrôle opérationnel ou gestion opérationnelle. C'est le processus qui permet de s'assurer que les tâches spécifiques sont assurées de façon efficace et rentable.

Nous retiendrons plutôt les termes plus systémiques ([Le Moigne 74] et [Mélèse 72]) de régulation, pour le contrôle opérationnel, et de pilotage pour la planification et le contrôle managérial comme l'indique la figure 4.1.

Image non disponible
Figure 4.1 : Le cadre conceptuel de R. Anthony (1965).

I-D-2. Nature des décisions

On peut également analyser la nature des décisions liées à ces trois types de planification (ou contrôle), en fonction de l'horizon de ces décisions :

  • la planification stratégique conduit à des décisions majeures dont les conséquences sont à long terme (quelques mois à quelques années) ;
  • le pilotage (planification et contrôle managérial) conduit en général à des décisions dont les conséquences sont à moyen terme (quelques semaines à quelques mois) ;
  • la régulation (contrôle opérationnel) concerne principalement des rythmes inférieurs au mois et conduit à des décisions dont les conséquences sont à court ou très court terme (quelques heures à quelques jours).

On peut également s'intéresser au champ couvert par ces décisions :

  • la planification stratégique conduit à des décisions dont la portée est très globale, car elles peuvent engager l'avenir de toute l'entreprise ;
  • la régulation, contrôle opérationnel, conduit à des décisions dont la portée est limitée, par exemple à une partie d'une chaîne de montage d'une entreprise ;
  • le pilotage conduit en général à des décisions dont la portée est intermédiaire.

Les caractéristiques échéance et champ couvert des décisions types associées à la planification stratégique, le pilotage et la régulation peuvent s'illustrer comme sur la figure 4.2 [Le Moigne 74].

Image non disponible
Figure 4.2 : Échéances et champs couverts des décisions [Le Moigne 74].

On peut aussi s'intéresser aux problèmes et aux méthodes de résolution associés à ces décisions comme l'a fait notamment H.A. Simon dans ses recherches sur la compréhension des processus décisionnels. Pour lui, une décision sera programmable (sur ordinateur) si « elle est répétitive et routinière, dans la mesure où une procédure précise a été établie de façon que la décision ne soit pas réexaminée à chaque fois » [Simon 60]. Sinon une décision est non programmable.

H.A. Simon distingue, dans les décisions non programmables, les décisions structurées, celles pour lesquelles, une fois le problème à peu près identifié, le décideur peut faire appel à un certain nombre d'algorithmes, de structures de raisonnements lui permettant d'avancer vers sa résolution et les décisions non structurées (peu ou pas structurées), lorsque le problème est si complexe que le décideur a du mal à le formaliser.

Gorry et Scott Morton ont proposé un nouveau modèle combinant le paradigme de R. Anthony avec les types de décisions définis par H.A. Simon. Ce modèle met en évidence, pour la régulation, le pilotage et la planification stratégique, la nature des décisions associées. Pour la régulation, les décisions associées sont principalement des décisions fortement structurées conduisant à des décisions de choix de type tables de décisions. Ces décisions sont fortement informatisables. Pour la planification stratégique, les décisions associées sont principalement peu, voire très peu, structurées et sont en conséquence difficilement automatisables. En ce qui concerne le pilotage, les problèmes à résoudre sont moins structurés que dans la régulation, mais les décisions sont en partie automatisables.

I-D-3. Typologie des systèmes d'information

Plusieurs typologies de systèmes d'information ont été proposées. Notre typologie distinguera tout d'abord une première famille : les systèmes d'information de production, où l'information est destinée au système opérant (SO). Ils sont souvent très proches du système opérant de l'entreprise.

Une seconde famille sera celle des systèmes d'information destinés au système de pilotage de l'entreprise (SP) avec ses sous-systèmes de décision, d'imagination-conception et de finalisation. En nous référant au paradigme de R. Anthony présenté en début de ce chapitre, nous distinguerons trois sous-types de systèmes : les systèmes d'information opérationnels associés au contrôle opérationnel, les systèmes d'information de pilotage associés à la planification et au contrôle managérial (pilotage), et enfin les systèmes d'information stratégiques associés à la planification stratégique.

Nous présentons ces différents types de systèmes d'information en mettant tout d'abord en évidence à quels sous-systèmes du système de pilotage ils sont plus particulièrement destinés (sous-systèmes de décision, d'imagination-conception et de finalisation). Puis nous nous intéressons à la nature des couplages, notamment SI-SO et SI-SP, qu'ils supportent. Enfin, nous évoquons leurs caractéristiques principales et nous indiquons si la méthode Merise nous semble (dans ce cas, sous quelles réserves) ou ne nous semble pas adaptée à leur conception.

I-D-3-a. Systèmes d'information de production

Les systèmes d'information de production constituent une première famille de systèmes d'information. Dans ces systèmes, l'information est presque exclusivement destinée au système opérant (SO) de l'entreprise, au point que ces systèmes sont très souvent assimilés au système opérant (SO) même de l'entreprise, comme l'illustre la figure 4.3.

Image non disponible
Figure 4.3 : Système d'information de production et système opérant.

Ce type de systèmes d'information se retrouve principalement dans le secteur tertiaire, car les flux transformés dans le système opérant sont en quasi-totalité des informations. C'est le cas par exemple des secteurs de l'assurance, de la banque, des administrations, etc.

Citons aussi d'autres types de systèmes d'information de production :

  • les systèmes bureautiques (traitement de texte, courrier…) ;
  • les guichets électroniques (cartes de crédit, banques, points de vente…).

La structure de ces systèmes d'information de production est d'une très grande stabilité. Ce type de systèmes d'information est un terrain privilégié de la méthode Merise.

I-D-3-b. Systèmes d'information opérationnels

Les systèmes d'information opérationnels sont très directement tournés vers une représentation, une coordination opérationnelle de l'activité du système opérant. Notons que ce système opérant peut être un système d'information de production comme présenté précédemment. Il y aura alors un recouvrement très important entre ces deux types de systèmes d'information.

Ces systèmes d'information opérationnels, parfois appelés systèmes d'information primaires, assurent ainsi un couplage très fort système d'information-système opérant pour le système de pilotage afin que son sous-système de décision puisse conduire la régulation générale du système opérant, comme l'illustre la figure 4.4.

Ces systèmes d'information opérationnels se caractérisent par un volume important de données à mémoriser. Les informations sont élémentaires (ou primaires) du fait qu'elles représentent des transactions de différents flux primaires traités par le système opérant de l'entreprise, ou représentent des états associés à l'activité de cette dernière. Ces informations sont d'abord destinées à être réutilisées par le système opérant ; lorsqu'elles sont utilisées par le système de pilotage, elles sont destinées à des décisions à court terme (niveau opérationnel). Les traitements effectués sont très formalisés (règles précises) et fortement répétitifs.

Image non disponible
Figure 4.4 : Les couplages des Systèmes d'Information Opérationnels.

Dans ce type de systèmes d'information, on trouvera entre autres les diverses automatisations des processus administratifs, qui furent les premiers objectifs de l'informatisation : gestion du personnel (paie…), gestion du matériel (tenue des stocks…), gestion commerciale (suivi des commandes…), comptabilité (comptes, journaux, grands-livres…), gestion de production (GPAO), etc.

Enfin, notons que la structure de ces systèmes d'information opérationnels est d'une assez grande stabilité, liée à la nature de leur système opérant.

Ce type de systèmes d'information est le terrain privilégié de la méthode Merise, c'est d'ailleurs pour ces systèmes que la méthode Merise a été conçue à l'origine.

I-D-3-c. Systèmes d'information de pilotage

Les systèmes d'information de pilotage sont plutôt destinés à fournir les informations nécessaires à la prise de décisions de type planification et contrôle managérial ; ils privilégient les échanges avec le système de pilotage. On les appelle aussi des systèmes d'information secondaires.

Ces systèmes assurent ainsi un couplage très fort SI-SP principalement avec les sous-systèmes de décision et d'imagination/conception du SP, comme l'illustre la figure 4.5.

Notons que, si la part et la spécificité des traitements décisionnels présents dans ces systèmes sont importantes, ces systèmes de pilotage sont parfois appelés systèmes d'information d'aide à la décision (SAD), ou systèmes interactifs d'aide à la décision (SIAD) si une forte interactivité et la mise en œuvre de modèles résolutoires complexes sont nécessaires.

Image non disponible
Figure 4.5 : Les couplages des Systèmes d'Information de pilotage.

Ces systèmes d'information de pilotage se caractérisent par une très grande variété d'informations, mais de volumes généralement limités ; les informations sont, pour la plupart, élaborées à partir d'informations primaires gérées par le système d'information opérationnel et parfois prises sur l'environnement ou directement sur le système opérant. Les traitements sont souvent moins formalisés et plus aléatoires (à la demande). Ces systèmes d'information de pilotage sont souvent assez évolutifs.

La méthode Merise est aussi adaptée à ce type de systèmes d'information. Cependant, si la complexité du processus décisionnel et de l'interaction avec le décideur est importante, on lui préférera par exemple des méthodes de prototypage ou des méthodes issues du génie cognitif comme KOD [Vogel 88] ou KADS [KADS 89].

I-D-3-d. Systèmes d'information stratégiques

La définition des systèmes d'information stratégiques est ambiguë. Nous distinguerons deux grands types de systèmes stratégiques : les systèmes d'information à portée stratégique que nous appellerons systèmes stratégiques d'information (SSI) et les systèmes d'information de support à la stratégie que nous appellerons systèmes d'information stratégique (SIS). Cette différenciation est assez voisine de celle proposée par H. Tardieu et B.Guthmann [Tardieu & Guthmann 91] qui distinguait les systèmes d'information stratégiques (SI-S) et les systèmes d'information stratégique (SIS).

I-D-3-e. Systèmes stratégiques d'information (SSI)

Les systèmes stratégiques d'information (SSI) peuvent en fait être assimilés à des systèmes d'information opérationnels ou à des systèmes d'information de pilotage permettant d'informatiser une activité de l'entreprise qui apparaît comme stratégique, « au sens où cette activité permettra, dans le cadre de la stratégie retenue par l'entreprise, de procurer un avantage concurrentiel durable ». On peut citer l'exemple, maintenant classique, de l'American Hospital Supply, fournisseur d'hôpitaux américains, qui passa un partenariat avec ses clients en installant chez eux des terminaux leur permettant de consulter un catalogue de plus de 100 000 articles et, bien sûr, de passer commande. Le système réduit les stocks chez le fournisseur, différencie le service, et rend le client captif.

Comme le soulignent Tardieu et Guthmann, ces systèmes doivent souvent être construits très rapidement, principalement afin de ne pas être imités trop rapidement par un autre concurrent, et s'inscrire « dans une fenêtre de temps qui ne mette pas en péril le coup stratégique que l'entreprise est en train de jouer ».

La conception de ces systèmes stratégiques d'information (SSI) nous semble pouvoir être faite en utilisant la méthode Merise, sachant qu'il est nécessaire de moduler la démarche de mise en œuvre. En effet, ces systèmes doivent souvent être conçus et réalisés dans des délais très courts pour la raison précédemment évoquée. La modulation de la démarche (cycle de vie) consécutive à cet état de fait revient principalement à ajuster la dimension maîtrise (ou cycle de décision) de la méthode. Dans le cadre de la conception d'un système stratégique d'information, l'arbitrage privilégiera par exemple le délai au détriment du coût et/ou du niveau de gamme, comme l'illustre la figure 4.6.

Image non disponible
Figure 4.6 : Délai, coût et niveau de gamme lié à la maîtrise d'un projet.

I-D-3-f. Systèmes d'information stratégique (SIS)

Ces systèmes sont plutôt destinés à fournir les informations nécessaires à la prise de décisions relevant de la planification stratégique. Ces systèmes assurent ainsi un couplage très fort SI - SP principalement avec les sous-systèmes de décision, d'imagination/conception et surtout de finalisation du SP, comme l'illustre la figure 4.7.

Image non disponible
Figure 4.7 : Les couplages des systèmes d'information stratégiques.

C'est au début des années 80 qu'a émergé le concept de systèmes d'information de direction (Executive Information Systems). Pour Rockart et Treacy [Rockart 81a], ces systèmes doivent satisfaire les besoins en information des responsables dirigeants de l'entreprise. Les facteurs critiques de succès introduits par Rockart [Rockart 81b] permettent de définir ces « informations pertinentes, limitées aux domaines dans lesquels les résultats, s'ils sont satisfaisants, assureront la performance et la compétitivité de l'entreprise ». Les systèmes d'information de direction se présentent alors comme des systèmes d'aide à la décision destinés à des dirigeants de haut niveau, leur permettant de se concentrer sur ces facteurs critiques de succès.

Les systèmes d'information stratégique (SIS) se rapprochent des systèmes d'information de direction définis plus haut. Ce sont des systèmes manipulant l'information stratégique pour aider à la prise de décisions et à l'examen des stratégies mises en œuvre. Ces systèmes se présentent comme des systèmes d'aide à la décision permettant d'une part l'élaboration d'une stratégie (sous la forme d'un plan) et d'autre part son suivi. Nous renvoyons le lecteur intéressé aux travaux réalisés en stratégie concurrentielle par M. Porter [Porter 82 & 86], sur la théorie des coups stratégiques de C. Wiseman [Wiseman 88], ainsi que sur la théorie des plans d'action de R. Wilenski [Wilenski 83].

En ce qui concerne la conception des systèmes d'information stratégique (SIS ou Executive Information Systems), la méthode Merise n'est pas vraiment adaptée, tant au niveau des raisonnements que de la démarche. De nouvelles méthodes restent à élaborer, elles devraient, tout en retenant certains aspects de Merise, prendre de nouvelles racines, d'une part dans l'art de la stratégie concurrentielle et d'autre part dans le génie cognitif. Une démarche qui se veut compatible avec Merise est proposée par Tardieu et Gutmann [Tardieu & Guthmann 91]. Si Merise a su concilier organisation et informatique, ces nouvelles méthodes devront réunir stratégie et informatique.

I-D-4. Stratégies de développement d'entreprise et système d'information

Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, les entreprises doivent appliquer les meilleures techniques de gestion disponibles. Durant les années 70, la planification stratégique, technique de gestion, a été l'outil clé pour le succès de l'entreprise. Il était généralement acquis qu'une entreprise appliquant un plan stratégique efficace atteindrait d'excellents résultats. Au cours des années, on s'est aperçu qu'une stratégie judicieuse ne suffisait pas, à elle seule, à garantir le succès.

Le problème majeur résidait en ce que ces stratégies, aussi bien conçues fussent-elles, n'étaient pas correctement appliquées dans l'entreprise (inertie, résistance au changement…). Ces difficultés de mise en œuvre de stratégies peuvent être considérablement réduites en utilisant des outils, des techniques, systèmes de gestion s'appuyant sur des systèmes d'information « artificiels » spécifiques.

Pour examiner comment les systèmes d'information artificiels d'une entreprise doivent être conçus, il est donc nécessaire de savoir quels systèmes de gestion, et donc quels systèmes d'information naturels, sont adaptés à la stratégie de développement de l'entreprise.

Un des facteurs déterminants est le degré de maturité de l'entreprise. La plupart des entreprises tendent à suivre une évolution, plus ou moins rapide, en plusieurs étapes : stade de démarrage, puis stades de croissance et de maturité, et enfin stade de vieillissement, comme l'illustre la figure 4.8.

Les entreprises performantes en stade de démarrage se caractérisent par leur esprit d'entreprise, elles excellent en recherche-développement et dans la connaissance de leur marché [Olivier 84]. Elles mettent en œuvre des technologies nouvelles avant leurs concurrents. Leurs systèmes d'information sont plutôt informels.

Les entreprises leaders en phase de croissance ne sont pas toujours à la pointe des technologies, mais se caractérisent plutôt par la force de leur marketing et de leur organisation de vente. Leur planification reste assez flexible et leurs systèmes d'information sont plus formels.

Image non disponible
Figure 4.8 : Les stades de développement d'une entreprise.

Les entreprises en stade de maturité se caractérisent par la qualité de leur gestion opérationnelle, c'est le souci croissant du contrôle. Leurs systèmes d'information ont pour objectif principal d'assurer ce contrôle.

Enfin, la réussite des entreprises en phase de vieillissement dépend pour une large part d'une exploitation opportuniste et d'un contrôle financier étroit, les besoins de contrôle sont à leur maximum. Le degré de certitude de l'entreprise étant plus grand, la complexité de ses systèmes d'information va en se réduisant.

Les spécificités des systèmes d'information accompagnant ces quatre stades d'évolution de l'entreprise sont illustrées par la figure 4.9 [Olivier 84].

Figure 4.9 : Spécificités des systèmes d'information accompagnant l'évolution de l'entreprise.
 

Démarrage

Croissance

Maturité

Vieillissement

Objectif principal

rapidité, flexibilité

planification

coordination

contrôle

Caractère

informel, ad-hoc, oral

plus formel, sur mesure, oral et écrit

formel, uniforme, écrit

formel, uniforme, réduit

Contenu

qualitatif, orienté vers le marché, peu systématique

qualitatif et quantitatif, couvrant toutes les fonctions, systématique

quantitatif, orienté vers les opérations, systématique

quantitatif, financier, systématique

Directives

peu nombreuses

plus nombreuses

nombreuses

nombreuses

Procédures

inexistantes

peu nombreuses

nombreuses

nombreuses

I-D-5. Les systèmes d'information ouverts

I-D-5-a. De l'entreprise-système au système d'entreprises

Les systèmes d'information ouverts ou globaux constituent une nouvelle famille de systèmes d'information non plus associés à une seule entreprise, mais à plusieurs entreprises devenant partenaires. Ce passage de l'entreprise-système au système d'entreprises (voir la figure 4.10) sera associé à la définition de stratégies d'ouverture, de partenariat, de coopération-coalition de plusieurs entreprises, voire de secteurs économiques entiers.

Ainsi les entreprises productrices de biens ou de services sont confrontées à un marché global et à la prise en compte d'une production centrée client. Ce contexte de production se traduit par une demande de produits et de services de plus grande qualité, disponibles dans des délais minimaux, moins chers et personnalisés [Vernadat 94] [De Terssac 92].

Pour faire face à ces exigences, les entreprises adoptent de nouveaux types d'organisation leur permettant d'accroître leur flexibilité et leur réactivité ; citons notamment l'entreprise étendue (extend enterprise) [Browne 94], l'entreprise virtuelle (virtual enterprise) [Rolstadas 94], l'ingénierie concourante [Molina & al. 94], les systèmes holoniques de manufacture (holonic manufacturing systems) [Herath 94] [Deen 94] et enfin le D-CIM (Distributed CIM) [Skjellaug & al. 90].

Ces nouveaux types d'organisation présentent de nombreuses similitudes en mettant notamment l'accent sur deux points fondamentaux : (i) la distribution de responsabilités et de capacités décisionnelles de l'entreprise conduisant à la caractérisation d'unités autonomes internes ou externes à celle-ci et (ii) le développement de politiques de coopération entre ces unités. Ainsi, une entreprise, ses différents départements, ses sous-traitants, ses clients et ses fournisseurs peuvent être appréhendés comme un réseau dont les nœuds sont des « unités autonomes » qui coopèrent et constituent l'entreprise distribuée. La coopération entre ces unités autonomes nécessite la coordination de processus décisionnels eux-mêmes distribués.

Image non disponible
Figure 4.10 : De l'entreprise-système au système d'entreprises.

Les possibilités offertes par les nouvelles techniques de traitement de l'information et des connaissances, mais aussi et surtout le développement d'Internet et des intranets, apportent de nouveaux challenges, notamment celui de développer de nouveaux systèmes d'information permettant d'une part d'accéder à des données et connaissances multimédias de sources d'information localisées partout de par le monde et d'autre part de supporter la coordination d'activités organisationnelles humaines et/ou artificielles associées aux nouveaux types d'organisation en permanente évolution que nous venons d'évoquer.

Comme nous l'avons vu précédemment, les systèmes d'information stratégiques de l'entreprise avaient pour objectif clairement affirmé de faire gagner à l'entreprise des parts de marché en assistant le système de pilotage dans la planification et le suivi de ses stratégies. C'est ainsi la recherche de performance concurrentielle dans une certaine fermeture : la recherche du « competitive advantage » de l'entreprise-système.

Le développement de l'EDI (échanges de données informatisés) a ouvert cette recherche de performance concurrentielle et conduit les entreprises à raisonner maintenant non plus seulement en termes d'entreprise-système, mais plutôt en termes de systèmes d'entreprise auxquels sont associés des systèmes d'information ouverts ou globaux. Cette ouverture associée à l'élaboration de partenariats est devenue dans la compétition mondiale une nécessité pour les entreprises (par exemple entre un centre de grande distribution et ses fournisseurs), elle caractérise le passage du « competitive advantage » au « competitive necessity ».

I-D-5-b. L'EDI (échange de données informatisé)

L'EDI (échange de données informatisé) constitue un enjeu majeur de l'informatique stratégique dépassant le simple fait de s'échanger des données. Enjeu majeur qui se situe aussi bien au niveau de partenaires entreprises qu'au niveau d'une communauté de partenaires socio-économiques, voire par le biais de l'informatique au niveau d'un ou de plusieurs secteurs économiques.

En management, d'importants moyens humains et matériels sont mobilisés pour le montage d'un dossier commercial, le suivi d'une opération de logistique, l'enregistrement d'événements sur les plans comptable, statistique, fiscal et douanier. L'ensemble des coûts de traitements et d'échanges d'informations est estimé en moyenne à 7 % de la valeur des marchandises vendues. Ces coûts, répartis entre l'émetteur et le récepteur, peuvent être considérablement réduits par la mise en œuvre de l'EDI. L'EDI permet d'échanger des informations de système informatique à système informatique sans ressaisie.

Au niveau partenarial, un premier type d'avantages est lié à la dématérialisation des documents, c'est-à-dire à la suppression de la chaîne traditionnelle du support papier. L'EDI présente aussi des avantages liés au management pratiqué par chacun des partenaires. Tout d'abord, il apporte une amélioration de la qualité des transferts d'informations, sur le plan de la sécurité et de la fiabilité. Il peut conduire à un recouvrement des créances plus rapide permettant d'améliorer la trésorerie. L'EDI renforce les liens entre les partenaires pouvant conduire ainsi à une certaine fidélisation. Enfin, il permet de réconcilier les flux physiques et les flux d'information [Stoven 89], apportant ainsi une meilleure réponse à l'événement, un suivi logistique de bout en bout et la possibilité d'instaurer le « juste à temps » (JAT) [Sandoval 90a]. L'EDI conduit à une évolution en profondeur de l'entreprise. En effet, rien ne sert de recevoir des commandes en temps réel si la production et la logistique ne suivent pas. Il faudra à terme adapter voire reconcevoir le système d'information de l'entreprise et améliorer les fonctionnements internes. L'entreprise est un tout, dont il faudra repenser un certain nombre de fonctionnements afin de maximiser les potentialités de l'échange électronique. Ainsi, l'amélioration du processus de commande (commande client chez le fournisseur) par l'utilisation de l'EDI devra être resituée dans un contexte plus global, en repensant le fonctionnement des flux physiques associés.

Au niveau communautaire, l'enjeu de l'EDI est fondamental [C.C.E. 89, C.C.E 90, Stoven 89…]. Tout d'abord, il peut consister en la fédération de tout un secteur d'activité de l'économie autour de quelques entreprises (EDI sectoriels) et conduire à améliorer de façon considérable les services, augmenter les gains, offrir une meilleure image, etc. Il peut aussi dépasser le cadre d'un secteur particulier de l'économie pour améliorer les communications entre plusieurs secteurs, en augmentant les communications en aval et en amont de l'entreprise. De façon générale, l'objectif principal est d'améliorer la productivité globale de la communauté en permettant une gestion communautaire se rapprochant des flux tendus (report des stocks chez les fournisseurs…). Enfin, l'EDI conduit aussi à des améliorations importantes dans les relations entre les entreprises et les pouvoirs publics.


précédentsommairesuivant

Vous avez aimé ce tutoriel ? Alors partagez-le en cliquant sur les boutons suivants : Viadeo Twitter Facebook Share on Google+   

  

Les sources présentées sur cette page sont libres de droits et vous pouvez les utiliser à votre convenance. Par contre, la page de présentation constitue une œuvre intellectuelle protégée par les droits d'auteur. Copyright © 2016 Dominique Nanci. Aucune reproduction, même partielle, ne peut être faite de ce site et de l'ensemble de son contenu : textes, documents, images, etc. sans l'autorisation expresse de l'auteur. Sinon vous encourez selon la loi jusqu'à trois ans de prison et jusqu'à 300 000 € de dommages et intérêts.